Band 
[3. - 4.]
Seite
327
JPEG-Download
 

CONSPIRATION DE GEORGE.

327

beaucoup à Pichegru d’une telle rencontre. Il fallut se séparer sansavoir rien dit de significatif, ni d’utile. On dut se revoir autrement, etailleurs.

Cette première rencontre produisit sur George la plus fâcheuse im-pression. Cela va mal, furent ses premières paroles. Pichegru craignaitlui-même de s être un peu aventure. Cependant les intrigants qui ser-vaient d’entremetteurs virent Moreau, et, ne lui dissimulant plus rien,lui dirent qu'il s'agissait de conspirer pour renverser le gouvernementdu premier consul. Moreau n’eut pas d’objection contre le renverse-ment de ce gouvernement, par des moyens qui sans être énoncés pou-vaient toutefois se deviner; seulement il montra une répugnance in-vincible à travailler pour les Bourbons, et surtout à se mêler de sapersonne dans une telle entreprise. Profiter pour la république et pourlui de la chute du premier consul, était son évidente ambition ; maisce n’était qu’entre Pichegru et lui que pouvait se traiter une sem-blable affaire. Cette fois il le reçut dans sa propre demeure, et, aprèsplusieurs accidents qui faillirent tout découvrir, il eut enfin avec cetancien compagnon d’armes une longue et sérieuse entrevue. Là toutfut dit. Moreau ne voulut jamais sortir d’un certain cercle d’idées. Ilavait, prétendait-il, un parti considérable dans le sénat et dans l’armée.Si on venait à bout de délivrer la France des trois consuls, le pouvoirserait certainement remis dans ses mains. Il en userait pour sauver lavie à ceux qui auraient débarrassé la république de son oppresseur;maison ne livrerait pas aux Bourbons la république affranchie. Quant àPichegru , l’ancien conquérant de la Hollande, l’un des généraux lesplus illustres de la France , on ferait mieux que de lui sauver la vie,on le réintégrerait dans ses honneurs, dans ses grades ; on l’élèveraitaux premières positions de 1 État. Moreau, entêté dans scs idées,exprima son étonnement à Pichegru de le voir mêlé avec de tellesgens. Pichegru n’avait pas besoin des avis de Moreau pour trouverinsupportable la société des chouans dans laquelle il vivait ; maisMoreau était lui-même la preuve que, lorsqu’on se mettait à com-ploter, il était difficile de nôtre pas bientôt la proie du plus tristeentourage. Pichegru était trop sensé, trop intelligent pour partagerles illusions de Moreau , et il tenta de lui persuader qu’après la mortdu premier consul, il n’y avait de possible que les Bourbons. Toutcela était au-dessus de l'intelligence de Moreau , intelligence médiocrehors du champ de bataille. Il s’obstinait à croire que, le généra! Bona-