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LIVRE XVIII.

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pour croire à la culpabilité de Moreau, il voulait que la présence dePichegru à Paris fût bien constatée. Si de nouvelles révélations levaienttous les doutes à cet égard, le lien entre les royalistes et Moreau setrouvait établi, et on pouvait aller droit à celui-ci. Du reste, il ne luiéchappait aucun accent de colère ou de vengeance ; il paraissait pluscurieux, plus méditatif qu’irrité.

On songea de nouveau à interroger Picot, le domestique de George,pour savoir s’il avait connaissance de la présence de Pichegru à Paris .On le questionna le meme jour, et, en y mettant beaucoup de dou-ceur, on finit par ramener à s’ouvrir entièrement. Il déclara lui-mêmetout ce qui était relatif à Pichegru et à Moreau. Il en savait moins queBouvet de Lozicr ; mais ce qu’il savait était plus significatif peut-être,car il en résultait que le désespoir produit par la conduite de Moreauétait descendu jusque dans les derniers rangs des conjurés. Quant àPichegru, il déclara l'avoir vh très-positivement à Paris , et peu de joursauparavant; il affirma meme qu’il y était encore. Quant à Moreau, ilraconta qu il avait entendu les officiers de George exprimer le plus vifregret de s’ètre adressés à ce général, qui était prêt à tout faire man-quer par ses prétentions ambitieuses *.

Mais ce que j’ai vu, c’est, le dix-sept janvier, son arrivée à La Poterie, le lende-main de son débarquement avec Pichegru , par la voie do notre correspondance,que vous ne connaissez que trop.

J’ai vu encore le même Lajolais, le vingt-cinq ou le vingt-six de janvier, lors-qu’il vint prendre George et Pichegru à la voiture où j’étais avec eux, boulevardde la Madeleine, pour les conduire à Moreau, qui les attendait à quelques pas delà. Il y eut entre eux, aux Champs-Élysées, une conférence qui déjà nous lit pré-sager ce que proposa Moreau ouvertement dans la suivante qu’il eut avec Pichegru seul ; savoir : qu’il n’était pas possible de rétablir le roi ; et il proposa d’être misà la tête du gouvernement sous le titre de dictateur, ne laissant aux royalistes quela chance d’être ses collaborateurs et ses soldats.

Je ne sais quel poids aura près de vous l’assertion d’un homme arraché depuisune heure à la mort qu’il s’était donnée lui-même, et qui voit devant lui cellequ’un gouvernement offensé lui réserve.

Mais je ne puis retenir le cri du désespoir et ne pas attaquer un homme qui m’yréduit.

Au surplus, vous pourrez trouver des faits conformes à ce que j’avance dans lasuite de ce grand procès où je suis impliqué. Signé : Boivf.t ,

Adjudant général de l’armée royale.

1 Extrait de la deuxième déclaration de Louis Picot, le 24 pluviôse an XII(14 février, à une heure du matin), devant le préfet de police.

Tonie, H, pafje 392.

A déclare :

Que les chefs ont tiré au sort à qui attaquerait le premier consul ;