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LIVRE XVIII.

frapperai Moreau comme un autre, puisqu'il entre dans des complots,odieux par leur but, honteux par les rapprochement qu'ils supposent.»Il n’hésita donc pas un instant à décider l’arrestation de Moreau. Il yavait d’ailleurs une autre raison, et celle-là était pressante. George,Pichegru n’étaient pas arrêtés. On avait pris trois ou quatre de leurscomplices; mais la bande des exécuteurs se trouvait tout entière horsdes mains de la police, et il était possible que la crainte d’être décou-verts les portât à brusquer la tentative pour laquelle ils étaient venusen France . Il fallait, pour ce motif, précipiter l'instruction, et s’em-parer de tous les chefs qu’on avait le moyen de saisir. On serait ainsiconduit inévitablement à d’autres découvertes. L’arrestation de Moreaufut donc immédiatement résolue, et avec la sienne celle de Lajolais etautres entremetteurs, dont le nom avait été révélé.

Le premier consul était irrité, mais non pas contre Moreau préci-sément. Il avait plutôt l’apparence d’un homme qui cherchait à se pré-munir, que d’un homme qui cherchait à se venger. Il voulait avoirMoreau en son pouvoir, le convaincre, en obtenir les lumières dont ilavait besoin, et ensuite lui faire grâce. Il estimait que ce serait lecomble de l'habileté et du bonheur, que d’en sortir de celte manière.

Il fallait choisir la juridiction. Le consul Cambacérès ^ qui avait unegrande connaissance des lois, montra le danger de la juridiction ordi-naire dans une affaire de celte nature, et proposa, puisque Moreauétait militaire, de l’envoyer devant un conseil de guerre, composé de cequ'il y aurait de plus élevé dans l’armée. Les lois existantes en four-nissaient le moyen. Le premier consul s’y opposa *. « On dirait, ajouta-t-il, que j’ai voulu me débarrasser de Moreau, et le faire assassiner ju-ridiquement par mes propres créatures. » Il chercha donc un moyenterme. En conséquence on imagina d’envoyer Moreau devant le tri-bunal criminel de la Seine ; mais la constitution permettant de sus-pendre le jury dans certains cas, et dans l’étendue de certains départe-ments, on décida que cette suspension serait prononcée immédiatementpour le département de la Seine . C’était une faute, dont le principeétait honorable. Le public envisagea la suspension du jury comme unacte aussi rigoureux qu'aurait pu l’être l’envoi devant une commissionmilitaire; et, sans se donner le mérite d’avoir respecté les formes dela justice, on s’en donna tous les inconvénients, comme on le verra

Je répète ici le témoignage de M. Cambacérès lui-même.