CONSPIRATION DE GEORGE.
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bientôt. Il fut résolu, en outre, que le grand juge Régnier rédigeraitun rapport sur le complot qu'on venait de découvrir, sur les motifs del’arrestation de Moreau, et que ce rapport serait communiqué au sénat,au corps législatif, au tribunat.
Ce conseil avait duré toute la nuit. Dès le matin (15 février), onenvoya un détachement de gendarmes d’élite, avec des officiers de jus-tice, à la demeure qu’habitait Moreau. On ne l’y trouva pas, et onpartit pour Grosbois. On le rencontra au pont de Charenlon, revenantà Paris . Il fut arrêté sans éclat, avec beaucoup d'égards, et conduit auTemple. Eu même temps que lui furent arrêtés Lajolais, et les employésdes vivres qui avaient servi d’intermédiaires.
Le message contenant le rapport de Régnier fut porté dans la mêmejournée au sénat, au corps législatif et au tribunat. Il y produisit unétonnement douloureux chez les amis du gouvernement, et une sortede joie malicieuse chez ses ennemis, ennemis plus ou moins ouverts,dont un certain nombre restait encore dans les grands corps de l’État.C’était, suivant ceux-ci, une invention de la police, une machinationdu premier consul, qui voulait se débarrasser d’un rival dont il étaitjaloux, et refaire sa popularité compromise en inspirant de l’inquié-tude pour ses jours. Les langues se déchaînèrent, comme il arrive tou-jours en pareille circonstance, et au lieu de dire ; la conspiration deMoreau , les beaux esprits dirent : la conspiration contre Moreau.Le frère du général, qui était membre du tribunat, s’élança vivementà la tribune de celte assemblée, déclara que son frère avait été calomnié,et qu’il ne demandait qu’une chose pour démontrer son innocence,c’est qu’il fût renvoyé à la justice ordinaire, et non devant une justicespéciale. Il ne réclamait pour son frère que les moyens de faire éclaterla vérité. On écouta ces paroles froidement, mais avec chagrin. La ma-jorité des trois corps était à la fois dévouée et affligée. Il semblait que,depuis la rupture de la paix, la fortune du premier consul, jusque-làaussi heureux qu’il était grand, se fût un peu démentie. On ne croyaitpas qu’il eût inventé cette conspiration ; mais on était désolé de voirque sa vie fût encore en péril, et qu’il fallût la défendre en frappant lesplus hautes têtes de la république. On répondit donc au message dugouvernement par un message qui contenait l’expression, ordinaire ences circonstances, de l'intérêt, de l’attachement qu’on portait au chefde l’État, et des vœux ardents qu’on formait pour quejustice fut promp-tement et loyalement rendue.