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LIVRE XVIII.
Ce prince croyait avoir à faire prochainement la guerre contre son pays,déplorable rôle qui avait déjà été le sien pendant plusieurs années.Mais rien ne prouve qu’il connût le complot de George. Tout porte àcroire, au contraire, qu’il l’ignorait. Il s’absentait souvent pour aller àla chasse, et même, disaient quelques personnes, pour assister auspectacle à Strasbourg . Il est certain que ce bruit avait reçu assez deconsistance pour que son père lui écrivît de Londres , et lui donnât l’avisd’être plus prudent, en termes assez sévères '. Ce prince avait auprèsde lui quelques émigrés attachés à sa personne, notamment un certainmarquis de Thumcry.
Le sous-ofïicicr envoyé pour prendre des renseignements arriva dé-guisé, et se fit donner, dans la maison meme du prince, une foule dedétails dont il était facile à des esprits prévenus de tirer de funestesinductions. On disait que le jeune duc s’absentait souvent; qu’il s’ab-sentait même pour plusieurs jours, quelquefois, ajoutait-on, pour allerà Strasbourg . Il avait avec lui un personnage qu’on présentait commebeaucoup plus important qu’il n’était, et qui s'appelait d’un nom queles Allemands, auteurs de ces rapports, prononçaient mal, et de ma-nière à faire croire que c’était le général Dumouriez . Ce personnageétait le marquis de Thumery , dont nous venons de citer le nom, etque le sous-officier, trompé par la prononciation allemande, prit debonne foi pour le célèbre général Dumouriez . Il consigna ces détailsdans son rapport, écrit, comme on le voit, sous l’influence des illu-sions les plus malheureuses, et envoyé sur -lc-champ à Paris .
Le prince de Condé au duc d'Enghien.
Mon cher enfant,
Wfln.sleflâ, le 16 juin 1003.
On assure ici, depuis plus de six mois, que vous avez été faire un voyage à Paris ;d’autres disent que vous n’avez été qu’à Strasbourg . Il faut convenir que c’était unpeu inutilement risquer votre vie et votre liberté ; car, pour vos principes, je suistrès-tranquille de ce côté-là : ils sont aussi profondément gravés dans votre coeurque dans les nôtres. Il me semble qu’à présent vous pourriez nous confier le passé,et, si la chose est vraie, ce que vous avez observé dans vos voyages.
A propos de votre santé, qui nous est si chère à tant de titres, je vous ai mandé,il est vrai, que la position où vous êtes pouvait être très-utile à beaucoup d’égards.Mais vous êtes bien près : prenez garde à vous, et ne négligez aucune précautionpour être averti à temps et faire votre retraite en sûreté, au cas qu’il passât par latête du consul de vous faire enlever. N’allez pas croire qu’il y ait du courage atout braver à cet égard.
Signé : Lotis- Joseph de Bochbox.