CONSPIRATION DE GEORGE. 359
verra bientôt par quelle fatale reuconlre les généreuses intentions dupremier consul n’eurent pour effet qu'une déplorable catastrophe.
Il attendait toujours avec la plus vive impatience des nouvelles ducolonel Savary, placé en sentinelle avec 50 hommes à la falaise deBiville. Le colonel était en observation depuis vingt et quelques jours,et aucun débarquement n'avait lieu. Le brick du capitaine Wrightparaissait chaque soir, courait des bordées, mais ne touchait jamais aurivage, soit, comme nous l avons dit, que les passagers que portait lecapitaine Wright attendissent un signal qu’on ne leur faisait pas, soitque les nouvelles de Paris les engageassent à ne pas débarquer. Lecolonel Savary dut enfin déclarer que sa mission se prolongeait inuti-lement et sans but.
Le premier consul, dépité de ne pas saisir l’un de ces princes qui euvoulaient à sa vie, promenait scs regards sur tous les lieux où il rési-daient. Un matin , dans son cabinet, entouré de MM. de Talleyrand et Fouché , il se faisait énumérer les membres de cette famille infortunée,autant à plaindre pour ses fautes que pour ses malheurs. On lui disaitque Louis XVIII, avec le duc d’Angoulème , habitait Varsovie ; queM. le comte d’Artois et le duc de Berri se trouvaient à Londres ; queles princes de Gondé se trouvaient aussi à Londres , hors un seul, letroisième, le plus jeune, le plus entreprenant, le duc d’Enghien, quivivait à Ettcnheim, fort près de Strasbourg . C’était de ce côté aussi queMM. Taylor, Smith et Drake, agents anglais , cherchaient à fomenterdes intrigues. L’idée que ce jeune prince pouvait se servir du pont deStrasbourg , comme le comte d’Artois avait voulu se servir de la falaisede Biville, vint tout à coup à l’esprit du premier consul, et il résolutd’envoyer sur les lieux un sous-officier de gendarmerie intelligent, pourprendre des informations. On en avait un qui avait servi autrefois,lorsqu’il était jeune, auprès des princes de Gondé. On lui ordonna dese déguiser, de se rendre à Ettcnheim, et de se procurer des rensei-gnements sur le prince, sur son genre de vie, sur ses relations.
Le sous-officier partit avec cette commission, et se rendit à Ettenheim .Le prince y vivait depuis quelque temps auprès d’une princesse deRohan, à laquelle il était fort attaché, partageant son temps entre cetteaffection et le goût de la chasse, qu'il satisfaisait dans la forêt Noire.Il avait reçu ordre du cabinet britannique de se rendre aux bords duRhin , sans doute dans la prévision du mouvement dont MM. Drake,Smith et Taylor donnaient la fausse espérance à leur gouvernement.