CONSPIRATION DE GEORGE.
377
consul congédia ces instruments de ses volontés, s’enferma dans unepièce de sa bibliothèque, et y demeura seul pendant plusieurs heures.
Le soir, quelques personnes de sa famille dinaient à la Malmaison.Les visages étaient graves et tristes. On n’osait point parler, on neparla point. Le premier consul était silencieux comme tout le inonde.Ce silence finit par être embarrassant. En sortant de table, il le rompitlui-même. M. de Fontanes, étant arrivé dans le moment, devint le seulinterlocuteur du premier consul. Il était épouvanté de l’acte dont lebruit remplissait Paris , mais il ne se serait pas permis d’en dire sonsentiment, dans le lieu où il se trouvait. Il écouta beaucoup, et ré-pondit rarement. Le premier consul parlant presque toujours, et cher-chant à remplir le vide laissé par le silence des assistants, discourut surles princes de tous les temps, sur les empereurs romains, sur les roisde France, sur Tacite , sur les jugements de cet historien, sur lescruautés qu’on prête souvent aux chefs d’empire quand ils n’ont cédéqu a des nécessités inévitables ; enfin, arrivant par de longs détours autragique sujet de la journée, il prononça ces paroles : « On veut dé-» truire la révolution en s’attaquant à ma personne : je la défendrai,» car je suis la révolution, moi, moi... On y regardera à partir d’au-» jourd’Iiui, car on saura de quoi nous sommes capable. »
Il est affligeant pour l’honneur de l'humanité d’être obligé de direque la terreur inspirée par le premier consul agit efficacement sur lesprinces de Bourbon et sur les émigrés. Ils ne se crurent plus en sûreté,en voyant que le sol germanique n’avait pas même couvert le malheu-reux duc d’Enghien ; et, à partir de ce jour, les complots de ce genrecessèrent. Mais cette triste utilité ne saurait justifier de tels actes!Mieux valait un danger de plus pour la personne du premier consul,si souvent exposée sur les champs de bataille, que la sécurité acquiseà un tel prix.
Le bruit se répandit bientôt dans Paris qu’un prince avait été saisi,
n’étaient point de simples individus; ils formaient un corps organisé,une puissanceturbulente, qui ne cherchait qu’à troubler la France , sous prétexte de rentrer dansses droits, qu’à renverser son premier magistrat ; ils n’étaient, enfin pour lui, quedes instruments au service de l'Angleterre, et sous ce point de vue, Bonaparte jugea nécessaire de frapper son ennemi de terreur. Napoléon l’a avoué ouverte-ment ; il a accepté la mort du duc d'Enghien sans restriction, en face du monde etdes siècles à venir ; il s’est présenté hardiment au tribunal de l’histoire, devant lapostérité, le front haut, parce qu’il avait la conscience nette, la conviction den’avoir agi que dans l’intérêt et l’honneur de la France . (F. VV.)