Band 
[7. - 8.]
Seite
46
JPEG-Download
 

LIVRE XXV.

: j 46

îde bagages suffisante à elle seule pour perdre une armée, par les ob-stacles quelle apporte à sa marche. Au surplus l’orgueil, qui est uüegrande force morale, était extrême chez les Prussiens, surtout parmiles officiers, et il était accompagné chez eux d’un sentiment plus nobleencore, d’un patriotisme irréfléchi mais ardent.

Leur armée ne péchait pas moins par la confusion des conseils quepar la quantité des troupes. Le roi avait confié la direction de cetteguerre au duc de Brunswick, par déférence pour la vieille renomméede ce neveu, de cet élève du grand Frédéric. Il y a des réputationsétablies qui sont quelquefois destinées à perdre les empires : on nepourrait pas en effet leur refuser le commandement, et quand on leleur a déféré, le public, qui aperçoit l’insuffisance sous la gloire, blâmeun choix qu’il a imposé, et le rend plus fâcheux en infirmant par lacritique l’autorité morale du commandement, sans laquelle l’autoritématérielle n’est rien. C’est ce qui arrivait pour le duc de Brunswick.On déplorait généralement ce choix parmi les Prussiens, et on s’enexprimait avec une hardiesse dont il eût été impossible de trouverailleurs un exemple, car il semblait que chez cette nation la libertéd’esprit et de langage dût prendre naissance dans le sein de l’armée.Le duc de Brunswick, doué de lumières étendues, avantage que ne pos-sèdent pas toujours les hommes dont la renommée a exagéré lemérite, se jugeait impropre aux guerres si actives et si terribles dutemps. Il avait accepté le commandement par une faiblesse de vieillard,pour n’avoir pas le chagrin de le laisser à des rivaux, et il se sentaitaccablé sous ce fardeau. Jugeant aussi bien les autres qu’il se jugeait

' lui-même, il appréciait comme elle le méritait la folie de la cour etcelle de la jeune noblesse militaire , et il n’en était pas moins effrayéque de sa propre insuffisance. A côté du duc de Brunswick se trou-vait un autre débris du règne de Frédéric , c’était le vieux maréchalde Mollendorf, lui aussi chargé d’années, mais modeste, dévoué,n’exerçant aucune autorité, et uniquement appelé à donner des avis,car le roi, incertain en toutes choses, n’osant pas prendre le comman-dement , et ne pouvant se résoudre à le confier entièrement à per-sonne , voulait consulter au sujet de chacune des résolutions de sonétat-major, et juger chaque ordre avant d’en permettre l’exécution. Ala faiblesse des vieillards se joignaient les prétentions des jeunes gens,convaincus qu’à eux seuls appartenaient le talent et le droit de faire laguerre. Le principal d’entre eux était le prince de Hoheulohe, chef de