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LIVRE XXV.

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Il est vrai que par l’adoption d’un tel plan on perdait le concoursde la Hesse et de la Saxe , les plus belles provinces de la monarchieabandonnées sans combat à l’ennemi, les ressources dont ces provincesabondaient, la capitale, et enfin l’honneur des armes compromis parune retraite aussi brusque. Mais ces objections, graves sans doute,étaient plus spécieuses que solides. La Hesse , en effet, ne voulait passe donner à des gens qui avaient déjà le sceau de la défaite sur lefront. Vingt mille Saxons ne valaient pas le sacrifice d’un bon systèmede guerre. Les provinces qu’on se faisait scrupule d’abandonner allaientêtre perdues de gré ou de force par un mouvement offensif de Napo-léon, et quand on lui avait vu parcourir l’Autriche à pas de géant,sans être arrêté par les montagnes ou les fleuves, il était puéril decompter l’espace avec lui. Ces lignes de la forêt de Thuringe, de l’Elbe ,de l’Oder , qu’on craignait de livrer, on était certain de se les voirenlever par une seule manœuvre de Napoléon, sans en pouvoir faire lesdegrés succesifs d’une retraite bien calculée, et en perdant, outre lesprovinces contenues entre ces lignes, l’armée elle-même, c’est-à-direla monarchie. Enfin pour ce qui regardait l’honneur des armes, ilfallait tenir peu de compte des apparences : une retraite qu’on peutimputer au calcul n’a jamais compromis la réputation d’une armée.

Au surplus, aucune de ces idées n’avait été discutée dans le conseiltumultueux, où roi, princes, généraux, ministres, délibéraient sur lesopérations de la prochaine guerre. Il y régnait une telle ardeur, qu’onne souffrait la discussion qu’entre des plans offensifs, et ces planstendaient tous à porter l’armée prussienne en Franconie , au milieudes cantonnements de l’armée française, pour surprendre celle-ci etla rejeter sur le Rhin , avant quelle eût le temps de se concentrer.

Le plan qui aurait le mieux convenu à la prudence du duc deBrunswick eût été de rester blotti derrière la forêt de Thuringe , etd’attendre dans cette position que Napoléon débouchât par l’unou l’autre côté de cette forêt, par les défilés de la Franconie enSaxe, ou par la route centrale d’Allemagne, qui va de Francfort à Weimar . Dans le premier cas, les Prussiens , la droite à laforêt de Thuringe, le front couvert par la Saale , n’avaient qu’àlaisser avancer Napoléon. S’il voulait les assaillir avant d’aller plusloin, ils lui opposaient les bords de la Saale , presque impossibles àfranchir devant une armée de 140,000 hommes. S’il courait à l’Elbe ,.ils le suivaient , toujours couverts par ces mêmes bords de la Saale .