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Mais une autre ressource venait de s'offrir. Les hardis tirailleurs deLannes, s’engageant dans les ravins qu’on rencontre au sortir d’Iéna ,avaient réussi à s’élever sur la hauteur principale, et ils avaient aperçutout à coup l’armée prussienne campée sur les plateaux de la rivegauche. Suivis bientôt de quelques détachements de la division Suchet,ils s’étaient fait place, en repoussant les avant-postes du généralTauenzien. Ainsi grâce à la hardiesse de nos soldats, les hauteurs quidominent la rive gauche de la Saale étaient conquises, mais par uneroute malheureusement peu accessible à l’artillerie. C’est là que Lannesconduisit Napoléon , au milieu d’un feu de tirailleurs qui ne cessait pas,et qui rendait les reconnaissances fort dangereuses.
La principale des hauteurs qui dominent la ville d’Iéna s’appelle leLandgrafenbcrg, et depuis les événements mémorables dont elle a étéle théâtre, elle a reçu des habitants le nom de Napoléonsberg. Elleest la plus élevée de la contrée. Napoléon et Lannes, en contemplantde cette hauteur la campagne environnante , le dos tourné à la villed’Iéna, voyaient à leur droite la Saale couler dans une gorge sinueuse,profonde, boisée, jusqu’à Naumbourg , qui est à six ou sept lieuesd’Iéna . Ils voyaient devant eux des plateaux ondulés, s’étendant auloin, et s’inclinant par une pente insensible vers la petite vallée del’Ilm, au fond de laquelle est située la ville de Weimar . Ils apercevaientà leur gauche la grande route d’Iéna à Weimar , s’élevant par une suitede rampes de la gorge du Mühlthal sur ces plateaux, et courant enligne droite sur Weimar . Ces rampes qui présentent, comme nousl’avons dit, une sorte de colimaçon, en ont reçu le nom allemand , ets’appellent la Schnecke. Sur cette même route d’Iéna à Weimar setrouvait échelonnée l’armée prussienne du prince de Hohenlohe, sansqu’on put en préciser le nombre. Quant au corps du général Ruchelposté à Weimar , la distance ne permettait pas de le découvrir. Il enétait de même pour la grande armée du duc de Brunswick, qui mar-chant de Weimar sur Naumbourg était cachée dans les enfoncementsde la vallée de l’Ilm.
Napoléon , ayant devant lui une masse de troupes dont on ne pou-vait guère apprécier la force, supposa que l’armée prussienne avaitchoisi ce terrain comme champ de bataille, et fit tout de suite sesdispositions, de manière à déboucher avec son armée sur le Landgra-fenberg , avant que l’ennemi accourût en masse pour le jeter dans lesprécipices de la Saale . 11 fallait se hâter, et profiter de l’espace conquis