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LIVRE XXV.

par nos tirailleurs pour s’établir sur la hauteur. On n’en avait, il estvrai, que le sommet, car à quelques pas seulement se trouvait le corpsdu général Tauenzien , séparé de nos troupes par un léger pli deterrain. Ce corps était appuyé à deux villages, l’un sur notre droite,celui de Closewitz, entouré d’un petit bois, l’autre sur notre gauche,celui de Cospoda, entouré également d’un bois de quelque étendue.Napoléon voulait laisser les Prussiens tranquilles dans celte positionjusqu’au lendemain, et, en attendant, conduire une partie de sonarmée sur le Landgrafenberg. L’espace qu il occupait pouvait contenirle corps de Lannes et la garde. Il ordonna de les amener sur-le-champpar les ravins escarpés qui servent à monter d’Iéna au Landgrafenberg.A gauche il plaça la division Gazan, à droite la division Suchet, aumilieu et un peu en arrière la garde à pied. Il lit camper celle-ci en uncarré de 4,000 hommes, et il établit son propre bivac au centre dece carré. C’est depuis lors que les habitants du pays ont appelé cettehauteur le Napoléonsberg, en marquant par un amas de pierres brutesl’endroit où ce personnage, populaire partout, même dans les lieux oùil ne s’est montré que terrible, passa cette nuit mémorable.

Mais ce n’était pas tout que d’amener l’infanterie sur le Landgra-fenberg, il fallait y transporter l’artillerie. Napoléon, courant à chevaldans tous les sens, trouva un passage moins escarpé que les autres, etpar lequel l’artillerie, traînée avec grand effort, pouvait passer.Malheureusement la voie était trop étroite. Napoléon manda sur-le-champ un détachement de soldats du génie, et la fit élargir en taillantle roc. Lui-même, dans son impatience, dirigeait les travaux unetorche à la main. Il ne s’éloigna que bien avant dans la nuit, lorsqu’ileut vu rouler les premières pièces de canon. Il fallut douze chevauxpour traîner chaque voiture d’artillerie jusqu’au sommet du Landgra-fenberg. Napoléon se proposait d’attaquer le général Tauenzien à lapointe du jour, et de conquérir, en le poussant brusquement, l’espacenécessaire au déploiement de son armée. Craignant toutefois de dé-boucher par une seule issue, voulant aussi diviser l’attention de l’en-nemi, il prescrivit vers la gauche à Augereau de s’engager dans lagorge de Mühlthal, de porter sur la route de Weimar l’une de sesdeux divisions, et de gagner avec l’autre le revers du Landgrafenberg,afin de tomber sur les derrières du général Tauenzien. A droite, ilordonna au maréchal Soult, dont le corps parti de Géra devait arriverdans la nuit, de gravir les autres ravins, qui de Lobstedt et de