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LIVRE XXV.

à ouvrir aux Anglais le continent, qu’il s’appliquait à leur fermer. Ilenjoignit donc à tout négociant de déclarer les marchandises anglaisesqu’il possédait, ajoutant que, si les déclarations paraissaient menson-gères, leur exactitude serait vérifiée par des visites, et les fausses allé-gations punies des peines les plus graves. Toutes les marchandisesdéclarées durent être confisquées au profit de l’armée française.

Pendant ce temps nos troupes continuèrent leur marche vers l’Elhe.Le maréchal Bernadotte passa ce fleuve à Barhy, mais moins prompte-ment qu’il n’en avait l’ordre. Napoléon , qui s’était contenu aprèsl’affaire d’Auerstædt, céda cette fois à son mécontentement, et fitadresser par le prince Berthier au maréchal Bernadotte une lettre danslaquelle, à propos du passage tardif de l’Elbe , on lui rappelait amère-ment le départ -précipité de Nauinbourg, le jour des deux bataillesd’Iéna et d’Auerstædt *. Cependant, comme il arrive, quand on suitmoins les règles de la froide justice que les mouvements de son âme,Napoléon , trop indulgent la première fois,fut trop rigoureux la seconde,

1 Nous citons cette lettre qui existe au dépôt de ta guerre.

Le maréchal Berthier au maréchal Bernadotte .

Halle, le 21 octobre 1006.

L’empereur, M. le maréchal, me charge de vous écrire qu'il est très-mécontentde ce que vous n’avez pas exécuté l’ordre que vous avez reçu de vous porter hier àCalbe, pour jeter un pont à l’embouchure de la Saale , à Barby . Cependant vousdeviez sentir que toutes les dispositions de l’empereur étaient combinées.

Sa majesté, qui est très-fâchée que vous n’ayez pas exécuté ses ordres, vous rap-pelle à ce sujet que vous ne vous êtes point trouvé à la bataille d’Iéna ; que celaaurait pu compromettre le sort de l'armée et déjouer les grandes combinaisons desa majesté,et a rendu douteuse et très-sanglante cette bataille, qui l'aurait été beau-coup moins. Quelque profondément affecté qu'ait été l’empereur, il n’avait pas vouluvous en parler, parce qu’en se rappelant vos anciens services, il craignait de vousaffliger, et que la considération qu’il a pour vous l’avait porté à se taire; mais, danscette circonstance, où vous ne vous êtes pas porté à Calbe , et où vous n’avez pastenté le passage de l’Elbe , soit à Barby , soit à l’embouchure de la Saale , l’empe-reur s'est décidé à vous dire sa façon de penser, parce qu'il n’est point accoutuméà voir sacrifier ses opérations à de vaines étiquettes de commandement.

L’empereur, M. le maréchal, me charge encore de vous parler d’une chose moinsgrave : c’est que, malgré l’ordre que vous avez reçu hier, vous n’avez pas encoreenvoyé ici trois compagnies pour conduire vos prisonniers. Il en reste à Halle 5,S00sans aucune escorte : l’empereur, M. le maréchal, vous ordonne d’envoyer sur-le-champ un officier d’état-major à la tête de trois compagnies complètes formant500 hommes, pour prendre tous les prisonniers qui sont à Halle et les conduire àErfurt . Il ne reste ici que la garde impériale, et l’empereur ne veut pas qu’elleescorte les prisonniers faits par votre corps d'armée. II est neuf heures, et il n’estpas question des trois compagnies que je vous ai demandées hier.