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• LITRE XXV.

Napoléon , en apprenant ces nouvelles, éprouva la plus vive satisfac-tion. <■ Puisque vos chasseurs, écrivit-il à Murat, prennent des placesfortes, je n’ai plus qu’à licencier mon corps de génie, et à faire fondrema grosse artillerie. » Dans le bulletin, il ne nomma que la cavalerie,et omit l’infanterie de Lannes , qui avait cependant contribué à la capi-tulation de Prenzlovv autant que la cavalerie elle-même. Cette omissionétait due à ce que Murat, pressé de rendre compte des faits d’armesde sa cavalerie, n’avait pas songé à parler du corps de Lannes . Quandcelui-ci reçut le bulletin, il n’osa le lire à ses soldats, dans la craintede les affliger. » Mon dévouement à votre personne, écrivit-il à Napo-léon , me mettra toujours au-dessus de toutes les injustices, mais cesbraves soldats que j’ai fait marcher jour et nuit, sans repos, sans nour-riture, que leur dirai-je? Quelle récompense peuvent-ils espérer, sinonde voir leur nom publié par les cent voix de la renommée, dont vousseul disposez? » Cette belle émulation, celte ardente jalousie degloire, qui d’ailleurs ne se manifestait ici que par une noble tristesse,n’était pas l’un des signes les moins remarquables de cet enthousiasmehéroïque qui échauffait alors toutes les âmes.

Napoléon , singulièrement affectueux pour Lannes , lui répondit :« Vous et vos soldats , vous êtes des enfants. Est-ce que vous croyez» que je ne sais pas tout ce que vous avez fait pour seconder la cava-» lerie? Il y a de la gloire pour tous. Un autre jour ce sera votre tour» de remplir de votre nom les bulletins de la grande armée. »

Lannes , transporté, assembla son infanterie sur l’une des placespubliques de Stcltin, et lit lire dans les rangs la lettre de Napoléon .Aussi joyeux que lui, ses soldats accueillirent cette lecture par descris répétés de : Vive l’empereur ! Quelques-uns même firent entendrece cri étrange: Vive l’empereurd’Occident ! Cette appellation singu-lière, qui répondait si parfaitement à la secrète ambition de Napoléon ,naissait ainsi de l’exaltation de l’armée, et elle prouvait qu’aux yeuxde tous il remplissait déjà l’Occident de sa puissance et de sagloire.

Lannes , dans l'effusion non de la flatterie mais de la joie, car, satis-fait lui-mème, il voulait que son maître le lût aussi, Lannes écrivit :a Sire, vos soldats crient : Vive l’empereur d’Occident ! Devons-nousdésormais vous adresser nos lettres sous ce titre 1 ? »

1 Nous citons quelques-unes des lettres du maréchal Lannes, qui font connaître