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maréchal Ney, s’étant avancé avec une simple tète de colonne, fit encompagnie du colonel Savary, commandant le '14° de ligne, la recon-naissance des bords de la Vistule . Thorn est sur la frontière qui séparele pays slave du pays allemand . Les deux populations, ennemiesde tout temps, l’étaient bien davantage alors, et se montraient prêtesà en venir aux mains à l’arrivée des Français . Des bateliers polonaisaidèrent les troupes du maréchal Ney, et lui amenèrent des barques enassez grand nombre pour transporter quelques centaines d’hommes. Leoolonel Savary, avec un détachement de son régiment, avec quelquescompagnies du 69* de ligne et du 6 e léger, se plaça dans ces barques,et s’aventura sur le large lit de la Vistule , naviguautà travers d’énormesglaçons, et ayant en présence sur l’autre rive l’ennemi qui l’attendait.Quand il se fut approché, la fusillade commença, et devint d’autantplus incommode, que les glaçons, plus serrés sur les bords qu’aumilieu du fleuve, ne permettaient guère aux barques d’aborder. Desbateliers allemands se disposaient à joindre leurs efforts à l’obstacledes lieux, pour empêcher le débarquement des Français . Mais à cetaspect, les bateliers polonais, plus hardis et plus nombreux que lesbateliers allemands, se jetèrent sur ceux-ci, les repoussèrent, etentrant dans l’eau jusqu’à mi-corps, tirèrent les barques sur le rivage,sous le feu des Prussiens. Les 400 Français s élançant aussitôt à terre,coururent sur l’ennemi. Bientôt les barques, renvoyées de l’autre côtéde la Vistule , amenèrent de nouveaux détachements, et les troupesde Ney furent assez nombreuses dans Thorn pour s’en rendre maî-tresses *.
Après cet acte d’audace, si heureusement accompli, le maréchalNey s’occupa de faire son établissement à Thorn, pour lui et pour lescorps qui viendraient le joindre. Il s’empressa d’abord de réparer lepont, ce qui ne fut pas difficile, vu que la destruction n’en avait étéque très-incomplète. Il découvrit des barques en grand nombre, parceque la navigation est plus active sur la basse Vistule , et il en réunitassez pour en expédier sur Varsovie , et sur les points intermédiaires,notamment à Utrata, où elles étaient fort nécessaires au maréchalAugereau, pour le transport de ses vivres. Puis il s’occupa de faire àThorn ce qu’on avait déjà fait à Posen et à Varsovie , c’est-à-dire decréer des manutentions de vivres, des hôpitaux, des établissements de
1 Ce fut le ti décembre que Je maréchal Ney passa la Vistule et s’empara deThorn. (F. W-).