228
LIVRE XXVI.
rait les deux armées, le mouvement des Russes était demeuré entière-ment inaperçu des Français .
A celte époque, le général Essen avait enfin amené les deux divisionsde réserve , annoncées depuis longtemps, ce qui portait le nombretotal des divisions de l’armée russe à dix , indépendamment du corpsprussien du général Lestocq. Ces deux nouvelles divisions, composéesde recrues , furent destinées à garder, outre le Bug et la Narevv , laposition qu’avaient occupée antérieurement les deux divisions du généralBuxhoewden , restées étrangères aux opérations du mois de décembre.La division Sedmaratzki fut postée à Goniondz, sur le Bober, pour veillersur la ligne des lacs, maintenir les communications avec le corps dugénéral Essen, et donner des ombrages aux Français sur leur droite.De dix divisions le général Benningsen n’en conservait donc que sept,pour les porter sur le littoral et la basse Vistule . Après les pertes faitesen décembre, elles pouvaient représenter une force de 80,000 hommes,et de 90,000 1 au moins avec le corps prussien de Lestocq.
Nous avons déjà fait remarquer que les eaux des lacs s’écoulaient,les unes en dedans du pays, par l’Omulcw, l’Orczyc, l’Ukra, dans laNarevv et la Vistule , les autres en dehors par de petites rivières serendant directement à lamcr, et dont la principale est la Passarge, quitombe perpendiculairement dans le Frische-IIaff. Les corps français ré-pandus, à droite sur la Narevv et ses affluents, à gauche sur la Passarge,couvraient la ligue de la Vistule, de Varsovie à Elbing . Les maréchauxLannes et Davoust avaient leurs cantonnements, comme nous l’avonsdit, le long de la Narevv, depuis son embouchure dans la Vistule jusqu’à Pultusk et au-dessus, formant la droite de l’armée française etcouvrant Varsovie . Le corps du maréchal Soult était établi entrerOmulevv et l’Orezic, d'Ostrolcnka à Willenbcrg et Chorzellen, donnantla main d’un côté aux troupes du maréchal Davoust, de l’autre à cellesdu maréchal Ney, et formant ainsi le centre de l’armée française. Lemaréchal Ney, porté plus en avant, à Hohenstein sur la haute Passarge,se liait avec la position du maréchal Soult aux sources de l’Omulew,et avec celle du maréchal Bernadotte derrière la Passarge. Ce dernier,
' C’est l'assertion du narrateur Plotho lui-même, qui, pour faire ressortir lemérite de l’armée russe, rabaisse celui de son gouvernement, en s’attachant toujoursà réduire le chiffre des forces employées. 11 était étrange, en effet, de ne pouvoirpas, sur sa propre frontière, présenter à un ennemi qui venait de si loin plus de90,000 hommes capables de combattre.