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LIVRE XXVI.
en plein mouvement, et qu'il en coûterait cher aux Russes , s’ils ne seravisaient pas.
Parti le 50 de Varsovie, Napoléon était le 50 au soir à Prasnitz, etle 51 à Willenberg. Murat, l’ayant devancé, avait réuni en toute hâteses régiments de cavalerie, sauf les cuirassiers dispersés le long de laVistule , et formait l’avant-garde du maréchal Soult, déjà concentré surWillenberg. Le maréchal Davoust, avait exécuté des marches forcéespour se rendre à Myszniec, le maréchal Augereau pour se rendre àNeidenbourg. Pendant ce temps, le maréchal Ney avait rassemblé sesdivisions à Hohenstein, prêt à se porter en avant dès que le gros del’armée aurait dépassé sa droite. Le maréchal Bernadotte , rétrogradantlentement, était venu s’établir en arrière de la gauche de Ney, à Loe-bau, puis à Strassburg , et enfin aux environs de Thorn. Jusqu’icitout se passait à souhait. L’ennemi avait, par sa colonne de droite,suivi pas à pas le mouvement du maréchal Bernadotte , et par celle degauche, s’était à peine avancé vers Allenstein. Une inconcevable inac-tion le retenait depuis quelques jours dans cette position. Le généralBenningsen, plein de hardiesse quand il avait fallu projeter une grandemanœuvre sur la basse Vistule , hésitait maintenant qu’il s’agissait des’engager dans cette manœuvre audacieuse, qui était fort au-dessus deses facultés et de celles de son armée. 11 faut, pour se hasarder dansde telles entreprises, la confiance qu’inspire l’habitude de la victoire,et de plus l’expérience des diverses péripéties à travers lesquelles on estcondamné à passer avant d’arriver au succès. Le général Benningsen,qui n’avait ni cette confiance, ni cette expérience, flottait entre milleincertitudes, donnant aux autres et à lui-même les faux prétextes dontse couvre l’irrésolution, tantôt disant qu’il attendait ses vivres et sesmunitions, tantôt affectant de croire, ou croyant véritablement, que lemouvement rétrograde du corps de Bernadotte était commun à toutel’armée française, et qu’on avait obtenu le résultat désiré, puisqueNapoléon s’apprêtait à quitter la Vistule . Du reste son hésitation,quoique assez ridicule après l’annonce fastueuse d’une vaste opérationoffensive, assurait son salut, car plus il se serait engagé sur la basseVistule , plus aurait été profond l’abîme dans lequel il serait tombé.Toutefois, cette hésitation elle-même, en se prolongeant deux ou troisjours encore, pouvait le perdre tout autant qu’un mouvement plusprononcé, car dans ccttc intervalle Napoléon continuait de s’élever surle flanc de gauche l’armée russe.