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LIVRE XXVI.

trente mille Français à Naples ? Quand vous aurez régné vingt ans, etque vous vous serez fait craindre et estimer , alors vous pourrez croirevotre trône consolidé. » Puis enfin il lui traçait le tableau suivant dela situation des Français en Pologne . « Vous mangez à Naples de petits» pois, et peut-être cherchez-vous déjà l’ombre : nous au contraire,» nous sommes encore comme au mois de janvier. J’ai fait ouvrir la» tranchée devant Dantzig. Cent pièces de canon, deux cent mille» livres de poudre commencent à s’y réunir. Nos ouvrages sont à» soixante toises de la place, qui a une garnison de 6,000 Russes et» de 20,000 Prussiens, commandés par le maréchal Kalkreuth. J’es-» père la prendre dans quinze jours... Soyez du reste sans inquié-b tude. » (Finkenstein, le 19 avril.)

Telles étaient, au milieu des neiges de la Pologne , les occupationsdiverses de ce génie extraordinaire, embrassant tout, veillant sur tout,aspirant non-seulement à gouverner ses soldats et ses agents, mais lesesprits eux-mèmes 5 voulant non-seulement agir, mais penser pour toutle monde ; porté le plus souvent au bien, mais quelquefois, dans sonactivité incessante, se laissant entraîner au mal, comme il advient àquiconque peut tout, et ne trouve aucun obstacle à ses propres impul-sions ; empêchant tour à tour les réactions, les persécutions, et puis,au sein d’une immense gloire, sensible à l’aiguillon d’une langueennemie, jusqu’à descendre de sa grandeur pour persécuter une femme,le jour même où il défendait un membre de la convention contre l’es-prit réacteur du moment! Applaudissons-nous d’être enfin devenussujets de la loi, de la loi égale pour tous, et qui ne nous expose pas àdépendre des bons ou des mauvais mouvements de l’àme, même laplus grande et la plus généreuse. Oui, la loi vaut mieux qu’aucunevolonté humaine, quelle quelle soit ! Soyons juste cependant enversla volonté qui sut accomplir de si prodigieuses choses, qui les accom-plit par nos mains, qui employa sa féconde énergie à réorganiser lasociété française, à réformer l’Europe , à porter dans le monde entiernotre puissance et nos principes, et qui de tout ce qu’elle fit avec nous,si elle ne nous a pas laissé la puissance qui passe, nous a laissé dumoins la gloire qui reste : et la gloire ramène quelquefois la puis-sance.