FRIEDLAND ET TILS1T.
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et la France qu’il chérissait par goût, par instinei, par prévoyance, caril savait bien que celle-ci, même dans les jours de sa plus grande am-bition, ne convoiterait jamais Constantinople . Il nous reste à raconterce qui s’était passé pendant que l’armée française livrait en décembrela bataille de Pultusk , et en lévrier celle d’Eylau.
Le sultan Sélim, comme on l’a vu, avait commencé par déposer leshospodars de Valachie et de Moldavie , Maruzzi et Ipsilanti, notoire-ment dévoués à la politique russe. Mais bientôt M. d’Italinski le me-naçant d’une rupture immédiate, s’il ne les rétablissait pas dans leurcharge, il avait cédé aux menaces de ce représentant de la Russie , etil s’était résigné à rendre le gouvernement des provinces du Danube àdeux ennemis avoués de son empire. La Russie invoquait pour exigercette concession le traité deCaiuardgé, qui lui conférait un certain droitd’intervenir dans le gouvernement de la Moldavie et de la Valachie .A peine le sultan Sélim avait-il obéi, poussé bien plus par la volontéde scs ministres que par la sienne, qu’il avait écrit à Napoléon poursolliciter son indulgence, pour lui bien affirmer que l’acte auquel ilvenait de se laisser entraîner n’était point l'abandon de l’alliance fran-çaise, mais une mesure de prudence commandée par l’etfrayante désor-ganisation des forces turques. Napoléon lui avait répondu tout de suite,et, loin de le décourager par des témoignages de mécontentement,l’avait plaint, caressé, ranimé, et lui avait offert le double secours del’année française de Dalmatie , qu’on pouvait diriger par la Rosnie surle bas Danube, et de la flotte française de Cadix , qui était prèle à fairevoile des côtes d’Espagne vers les Dardanelles . Cette flotte , protégéepar les détroits dès quelle aurait passé le Bosphore , devait être bientôtmaîtresse de la mer Noire, et y donner aux Turcs un grand appui. Enattendant ces secours, Napoléon avait fait partir de la Dalmatie plu-sieurs officiers, tant du génie que de l’artillerie, pour seconder lesTurcs dans la défense de Constantinople et des Dardanelles .
Le général Sébastiani, usant avec habileté des moyens mis à sadisposition, n’avait cessé de stimuler le sultan et le divan, pour lesamener à déclarer la guerre aux Russes . Il faisait valoir auprès d'euxles prodigieux succès de Napoléon dans les plaines du Nord, sa marcheaudacieuse au delà de la Vistule , son grand projet de reconstituer laPologne , et avait promis en sou nom , si la Porte prenait les armes,d’obtenir pour elle la révocation des traités qui la plaçaient dans ladépendance de la Russie, peut-être même la restitution de la Crimée .