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LIVRE XXVII.

enthousiaste, qui regardait en ce moment les Français comme des sau-veurs, avaient été mises en batterie. Le sultan Sélim, que le spectaclede ces préparatifs si promptement exécutés remplissait de joie , avaitvoulu qu’on dressât une tente pour lui à côté de celle de l’ambassadeur deFrance , et avait exigé de ses ministres que chacun d’eux vînt s’établirdans l’une des batteries. Constantinople prenait d’heure en heure unaspect plus imposant, et les Anglais voyaient s’ouvrir de nouvellesembrasures, au milieu desquelles apparaissait la pointe des canons.

Après sept à huit jours employés de la sorte, la crainte qui dès lecommencement retenait les Anglais , celle d’une dévastation inutile,peut-être dangereuse, suivie d’un second passage des Dardanelles plusdifficile que le premier, cette crainte devenait à chaque instant plusfondée. S’apercevant qu’il ne gagnait rien à attendre, l’amiral Duck-worth lit une dernière sommation, dans laquelle, ayant soin de réduireses demandes et d’augmenter ses menaces, il se contenta d’exigerqu’on lui remit la Hotte turque, et il déclara qu’il allait se porter devantConstantinople , si on ne lui désignait pas immédiatement un lieupropre à négocier. Cette fois, tout étant presque terminé à Constanti-nople , on répondit à l’amiral anglais que, dans l'état des esprits , onne savait pas un seul lieu assez sûr pour oser garantir la vie des négo-ciateurs qu’on y enverrait.

Après une telle réponse, il ne restait plus qu a commencer la canon-nade. Mais l’amiral üuckworlh ne comptait que sept vaisseaux et deuxfrégates ; il voyait braquée contre lui une masse effroyable d’artillerie,et il était averti en outre que les passes des Dardanelles , par les soinsdes Français , se hérissaient de canons. Il avait donc la certitude decommettre sur Constantinople une barbarie sans but, comme sansexcuse, et d’arriver avec une flotte désemparée devant un détroitdevenu beaucoup plus dangereux à traverser. En conséquence, aprèsavoir passé onze jours dans la mer de Marmara , il leva l’ancre le 2 mars,se présenta en bataille sous les murs de Constantinople , courut desbordées presque à portée de canon, et, après avoir vu qu’il n’intimi-dait pas les Turcs préparés à se défendre, il vint jeter l’ancre à l’entréedes Dardanelles , se proposant de les franchir le lendemain.

Si le dépit et la confusion régnaient à bord de l’escadre anglaise, lajoie la plus vive éclatait dans Constantinople , à la vue des voiles enne-mies disparaissant à l’horizon, dans la direction des Dardanelles. Fran-çais et Turcs se félicitaient de cet heureux résultat d’un moment de