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LIVRE XXVII.
le fut effectivement. Cependant le roi de Prusse parut attacher unegrande importance à prouver qu’il n’avait eu aucun tort envers Napo-léon, et que si, après avoir été longtemps l’allié de la France , il enétait devenu l’ennemi, c’était par l'effet des circonstances, et non parsuite d’un manque de foi dont pût rougir un honnête homme. Napo-léon affirma, de son côté, qu’il n’avait rien à se reprocher, et tropgénéreux, trop homme d’esprit pour blesser un prince humilié, il seborna à lui dire que le cabinet de Berlin , souvent averti de se défierdes intrigues de l’Anglelerre, avait commis la faute de ne pas écouterce conseil amical, et qu’il fallait imputer à cette cause seule les mal-heurs de la Prusse. Napoléon, du reste, ajouta que la France victo-rieuse ne prétendait pas tirer jusqu’aux dernières conséquences de sesvictoires, et que, sous peu de jours, on serait probablement assez heu-reux pour s’entendre sur les conditions d’une paix honorable et solide»
Les trois souverains se quittèrent après une entrevue qui avait duréà peine une demi-heure. Il fut décidé que le roi de Prusse viendraitlui aussi, mais plus tard, s’établir à Tilsit, auprès de son allié l’empe-reur de Russie .
Le même jour à cinq heures, Alexandre passa le Niémen. Napoléon vint à sa rencontre jusqu’au bord du fleuve, le conduisit au logementqui lui était destiné, et le reçut à diner avec les honneurs les plusgrands et les égards les plus délicats. Dès ce jour il fut établi quel’empereur Alexandre, n’ayant passa maison auprès de lui, prendraittous ses repas chez l’empereur Napoléon. Ils passèrent la soirée en-semble, s’entretinrent longtemps d’une manière confidentielle, et leurnaissante intimité se manifesta des deux côtés par une familiarité à lafois noble et gracieuse.
Le lendemain, 27, ils montèrent à cheval pour passer en revue lagarde impériale française . Ces vieux soldats de la révolution, tour àtour soldats de la république et de l’empire, et toujours serviteurshéroïques de la France , se montrèrent avec orgueil au souverain qu’ilsavaient vaincu. Ils n’avaient pas h étaler devant lui la haute stature, lamarche régulière et compassée des soldats du Nord ; mais ils dé-ployèrent cette aisance de mouvements, cette assurance d’attitude,cette intelligence de regard, qui expliquaient leurs victoires et leursupériorité sur toutes les armées de l'Europe . Alexandre les compli-menta beaucoup. Ils répondirent à ces flatteries par les cris répétésde : Vive Alexandre! vive Napoléon!