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FRIEDLAND ET TILSIT.

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Il y avait quarante-huit heures que les deux empereurs s’étaientabouchés, et déjà ils en élaient arrivés à des ternies de confiance quileur permettaient de s’expliquer franchement. Napoléon développaalors aux yeux surpris d’Alexandre les desseins auxquels il voulait l’asso-cier, desseins que des circonstances récentes venaient.de lui suggérer.

C’était une situation extraordinaire que celle de Napoléon en cemoment. En faisant ressortir la grandeur de son génie, la hauteurprodigieuse de sa fortune, elle décelait en même temps les cotés faiblesde sa politique, politique excessive et variable comme les passions quil’inspiraient.

Nous avons souvent parlé des alliances de la France à cette époque ;nous avons souvent dit qu’à moins de réaliser le phénomène effrayant,heureusement impossible, de la monarchie universelle, il fallait queNapoléon tâchât de compter en Europe autre chose que des ennemis,publiquement ou sécrètemcnt conjurés coutre lui, et qu’il devait s’ef-forcer de s’y faire un ami, au moins un. Nous avons dit que l’Espagne ,notre alliée la plus ancienne et la plus naturelle , était complètementdésorganisée, et, jusqu’à son entière régénération, destinée à être unecharge pour ceux qui s’uniraient à elle ; que l’Italie était à créer ; quel’Angleterre, alors inquiète sur la possession des Indes, alarmée denous voir établis au Texel, à Anvers, à Brest, à Cadix, à Toulon , àGènes, à Naples, à Venise, à Trieste, à Corfou , comme propriétairesou comme dominateurs, était inconciliable avec nous; que l’Autriche serait implacable tant qu’on ne lui aurait pas ou restitué, ou fait oublierl’Italie ; que la Russie nous jalousait sur le continent comme l’Angle-terre sur l'Océan; que la Prusse seule, rivale naturelle de l’Autriche ,voisine menacée de la Russie , puissance protestante, novatrice, enrichiede biens d’Église, était la seule dont les intérêts politiques et les prin-cipes moraux ne fussent pas absolument incompatibles avec les nôtres,et que c’était auprès d’elle qu’il fallait chercher l’ami fort et sincère, aumoyen duquel on rendrait toutes les coalitions ou impossibles, ou in-complètes. Mais on a vu que la Prusse, placée entre les deux partisqui divisaient alors le monde, incertaine et hésitante, avait eu les tortsde la faiblesse, Napoléon ceux de la force ; qu’une déplorable ruptures’en était suivie ; que Napoléon avait eu l’immense gloire militaire,l’immense malheur politique, de détruire en quinze jours une mo-narchie, qui était notre seul allié possible en Europe ; que iça Russesenfin ayant voulu venir au secours des Prussiens en Pologne , connue