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LivrtE xxvm.

vaisseaux, pour en arriver bientôt à la construction de quatre. Sesouvenant qu’un vaisseau français avait trouvé asile à Ancône , il pensaqu’on pouvait se servir de ce port, et il ordonna d’y construire deuxvaisseaux pour employer les bois et les ouvriers de l’Etat romain, s’in-quiétant peu de la souveraineté temporelle du pape, qu’il traitait déjàcomme n’existant plus. Enfin il y avait à Venise cinq vaisseaux euconstruction. Il en fit mettre trois encore sur chantier, un au comptedu trésor d’Italie, deux au compte du trésor de France , et voulutqu’on travaillât au creusement des passes qui devaient conduire lamarine ressuscitée des Vénitiens de leur arsenal dans la mer Adriati-que . Ces mêmes pays italiens, qui allaient fournir les bois et les braspour les constructions, devaient fournir les matelots, toujours engrande quantité sur leurs côtes. Avec ces nombreuses constructions,avec les matelots que contenait le littoral européen , avec une additionde jeunes soldats et d’ofliciers français , dont il n’était jamais embar-rassé d’augmenter le nombre, Napoléon pouvait espérer de doubler oude tripler les forces navales de l’empire avant une année. Ces vais-seaux, insuffisants d’abord pour se mesurer avec des vaisseaux anglais ,seraient suffisants dans peu de temps pour porter des troupes, et de-vaient l’être tout de suite pour nécessiter de nouveaux blocus, et con-damner l’Angleterre à des dépenses ruineuses.

En attendant que ces armements immenses fussent exécutés, Napo-léon entendait sur-le-champ porter des secours aux colonies, et réunirpar la même opération quarante voiles dans la Méditerranée. Il voulaitpour cela que les divisions de Brest, de Lorient , de Rochefort embar-quassent 3,100 hommes et beaucoup de munitions, allassent en dépo-ser 1,200 à la Martinique, 600 à la Guadeloupe, 300 à Saint-Domin-gue, 300 à Cayenne, 100 au Sénégal, 400 à file de France , et, faisantretour vers l’Europe, franchissent le détroit de Gibraltar pour se ren-dre à Toulon. La réunion à Toulon des sept vaisseaux de Brest , destrois de Lorient, des sept de Rochefort, des six de Cadix , des six deToulon , devait y composer avec les frégates un total de quarantevoiles, dont vingt-neuf vaisseaux de ligne, force supérieure à tout ce queles Anglais , même avertis à temps, pourraient amener dans cette meravant deux ou trois mois, et capable de jeter 13,000 ou 18,000 hom-mes en Sicile , et tout ce qu’on voudrait dans les îles Ioniennes.

L’amiral Decrès , qui s’appliquait avec un courage honorable à s’op-poser aux projets de Napoléon, quand la grandeur n’en était pas pro-