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LIVRE XïVllf.

tint longtemps encore, et quelquefois seulement, en voyant une annéefrançaise hiverner sur la Vistule , des batailles se livrer près deNiémen , commençait à craindre que toute cette grandeur ne trouvâtun terme dans son excès même.

Un peu d’agitation ne se manifestait dans ce gouvernement quelorsqu’un cinquième du Corps législatif devait sortir. Alors quelquesintrigues se formaient autour du Sénat , qui était appelé à choisir lesmembres des corps délibérants sur des listes présentées par des col-lèges électoraux formés à vie. On essayait quelques démarches auprèsdes principaux sénateurs, et on sollicitait un siège au Corps législatif,muet mais rétribué, comme on sollicite une place de finances. L’archi-chancelier Cambacérès veillait sur ces élections, afin de n’admettreque des adhérents, ce qui n’exigeait pas un grand triage. C’est tout auplus si, à la fin de chaque liste, il se glissait quelques créatures desopposants du Sénat , improbateurs timides cl peu nombreux, queSieyès avait abandonnés et oubliés, qui le lui rendaient en l’oubliantà leur tour, et qui n’en voulaient pas à Napoléon des entreprises témé-raires dans lesquelles la France allait trouver sa perle, mais du Con-cordat, du Code civil, cl de beaucoup d’autres créations tout aussiexcellentes.

Telles étaient les formes de ce despotisme héroïque issu de la révo-lution. Il importait peu de les changer, car le fond devait rester lemême. On pouvait sans doute rectifier certains détails dans l’organisa-tion de ces corps soumis et dépendants. Cela se pouvait, et Napoléon l’avait ainsi projeté au sujet du Tribunat. Le Tribunat, réduit à descritiques de mots dans des conférences privées, incommode au Conseild’Élat, dont il n’était plus que l’obscur rival, avait une position fausse,et peu digne de son titre. Le Corps législatif, bien que ne désirant pasplus d’importance qu’il n’en avait, et nullement disposé à user de laparole si on se décidait à la lui rendre, était cependant quelque peuconfus de son mutisme, qui I exposait au ridicule. Il y avait une chosetoute simple à faire, et qui ne pouvait guère nuire à la liberté du temps,c’était de réunir le Tribunat au Corps législatif, en confondant dansun même corps les attributions et les personnes. C’est ce que Napo-léon résolut, après en avoir conféré avec l'archichancelier Cambacérès .En conséquence, il décida que le Tribunal serait supprimé, que ses;il tributions seraient transférées au Corps législatif, remis ainsi enpossession de la parole; qu’à l’ouverture de chaque session il serait