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LIVRE XXVIII.

payer l’escompte jusqu’à 12 et 18 pour cent, et avaient même,comme M. Ouvrard, commis d’étranges détournements de valeurs. Onévaluait à 124 millions les sommes dont l’échéance était ainsi reportéeau delà des douze mois de l’année. Cependant, comme la dépensen’est pas plus que l’impôt acquittée dans ces douze mois, le service duTrésor aurait pu s'opérer presque sans escompte, si d’autres causes,tout accidentelles, n’étaient venues compliquer la situation ordinaire.D’une part, les budgets antérieurs de 1808, 1804, 1805, avaient,laissé des arriérés, auxquels on essayait de pourvoir avec les ressourcescourantes ; et d’autre part, la singulière aventure financière desnégociants réunis, qui en confondant les affaires de France et d’Es-pagne avaient privé 1 État d’une somme de 141 millions, avait constituéle Trésor dans un double embarras. On s’était vu obligé de suppléer àun déficit antérieur de GO à 70 millions , et à un débet de 141 mil-lions créé par les négociants réunis. Ce débet avait pour gage, à lavérité, des valeurs solides, mais d’une réalisation difficile. 11 avait doncfallu, outre l’escompte annuel de 124 millions d’obligations n’échéantque dans l’année suivante, faire face à un déficit d’environ 200 millions.C’est ce qui explique la détresse financière de 1808 et de 1806, memeau milieu des succès prodigieux de la campagne, qui s’était terminéepar la victoire d’Austerlitz.

Mais l’arrivée de Napoléon en janvier 1806, revenant victorieux, etles mains pleines des métaux enlevés à l’Autriche , avait fait renaître laconfiance, et apporté un premier secours dont on avait grand besoin.Bientôt le crédit renaissant, l’intérêt de 12 et 18 pour cent était re-tombéà 9, etmêmeà G pour cent, dansl’escomptedcsvaleursduTrésor.

D’autres moyens avaient été pris pour résoudre les difficultés dumoment, et en rendre le retour impossible. Premièrement on avaitretiré, comme nous l’avons dit, au Sénat, à la Légion d’honneur , àl’Université, les biens nationaux qui constituaient leur dotation, allouédes rentes en compensation, et transmis ces biens à la caisse d’amor-tissement, pour quelle en opérât la vente peu à peu,cequ’elle faisaitavec prudence et avantage. On estimait ces biens à 60 millions, et surce gage il avait été créé 60 millions de rescriplions,portant 6 et 7 pourcent d’intérêt, suivant les échéances, et successivement remboursablesà ladite caisse dans le courant de cinq années. Ces rescriplions, àcause de l’intérêt qu’elles rapportaient, de la certitude du gage, et dela confiance qu’inspirait la caisse qui en était garante, avaient acquis