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LIVRE XXVIII.

Trésor (l'un ou de plusieurs millions. Il y en avait qui devaient douze,quinze, dix-huit cent mille francs, et qui les employaient ou à fairedes spéculations aventureuses, ou à s’engager dans de folles dépenses,ou même, se croyant riches avant de l èlre, à acheter des propriétésqui devenaient pour eux des causes de ruine, parce qu’elles n’étaientpas en rapport avec leur fortune véritable. Une enquête sévèreprouva que beaucoup d’entre eux se trouvaient dans ces diversessituations. Les receveurs généraux qui ne trompaient pas le Trésor,ou qui, en le trompant, ne se trompaient pas eux-mêmes, étaientceux qui, sans le dire, faisaient usage pour leur propre compte de lacomptabilité quotidienne, rigoureuse, contradictoire, que le commerceemploie sous le titre d’écritures en partie double , et que M. Molfienvenait d’introduire tant à la caisse d’amortissement qu’à la caisse deservice. Cette circonstance, bientôt constatée par les inspecteurs duTrésor, suffisait pour servir de leçon décisive et au ministre, et à.Napoléon lui-même, toujours informé de ce qui se passait dans l'admi-nistration. M. Mollicn, n’osant pas changer sur-le-champ la compta-bilité de l’Empire, ni éteindre une lumière, quelque obscure qu’ellefût, sans auparavant en avoir fait luire une nouvelle, imagina de créerune seconde comptabilité à côté de l’ancienne et concurremment avecelle. Il institua auprès de lui un bureau de comptabilité, dirigé parun comptable exercé 1 , lui adjoignit des teneurs de livres pris dansdiverses maisons de commerce, et une quantité de jeunes gens quiappartenait à de vieilles familles de finances, quelques-uns même quiétaient lils de ces fermiers généraux dont la révolution avait fait tom-ber la tète. Il lit tenir par ce bureau des écritures en partie doubleavec plusieurs receveurs généraux, qui, n’ayant pas l’intention dedérober la vérité au Trésor, cherchaient au contraire les meilleursmoyens de la connaître. Quelques autres qui, sans mauvaise inten-tion, n’avaient de raisons d’éloignement pour le nouveau mode d’écri-tures que sa nouveauté et leur ignorance, reçurent des jeunes genstirés du bureau créé à Paris , pour leur enseigner à s’en servir. Enfinon l’imposa à ceux qu’on suspectait. Il fallut fort peu de temps pourreconnaître que beaucoup de comptables étaient en débet, les unspar aveuglement sur leur situation, les autres par l’entrainement desfausses spéculations ou d’un luxe exagéré. Il y en avait qui avaient

‘ M. de Saint-Didier.