Band 
[7. - 8.]
Seite
98
JPEG-Download
 

98

LIVRE XXVIII.

mais toutes, quand elles pratiquent les arts, doivent aspirer au moinsà la correction, à la noblesse du dessin, et peuvent y arriver par de sé-vères études. C’est ce que venait d’accomplir le célèbre peintre David.Dégoûté du caractère de l’art au temps de sa jeunesse, il était accouruà Rome , s’y était épris de la beauté touchante, pittoresque et sublimedes maîtres italiens, et, sa passion pour le beau s’exaltant peu à peu,il était remonté des Italiens du xv c siècle aux anciens eux-mêmes, et,au lieu des courtisanes de Boucher, ou des pudiques jeunes filles deGreuze , il avait tracé sur la toile des statues antiques, élégantes maisroides, privées de vie, même de couleur, et, en acquérant un meil-leur style de dessin, avait perdu la facilité et l’éclat de pinceau, quidistinguaient encore Boucher et Greuze . C’était une école d’imitation,grave, noble, et sans génie. Un peintre toutefois, M. Gros, échappaità l’imitation des bas-reliefs antiques en peignant des batailles. Dessi-nant mal, composant médiocrement, mais excité par le spectacle dutemps, et entraîné par une sorte de fougue naturelle, il jetait sur latoile des images, qui vivront probablement par une certaine forced’exécution et un certain éclat de couleur. C’est le style qui assure ladurée des œuvres de l'esprit, c’est l’exécution qui assure celle desœuvres de l’ait,parce quelle est, non pas le seul, mais le plus élevé,mais le plus constant des signes de l’inspiration. Un autre peintre,M. Prudhon, en imitant Corrége par un goût naturel pour la grâce,se donnait quelques apparences d’originalité dans un temps où, si l’onne peignait des Brutus et des Léonidas , il fallait peindre des grena-diers de la garde impériale. Mais ni M. Gros, ni M. Prudhon, auxquelsl’âge suivant a rendu plus de justice, n’inspiraient auiant d’enthou-siasme que MM. David, Girodet, Gérard. La France croyait presqueavoir en eux les égaux des grands maîtres d’Italie . Singulière et hono-rable illusion d’une nation éprise de tous les genres de gloire, aspirantà les posséder tous, et applaudissant même la médiocrité, dans l’espé-rance défaire naître le génie !

Dans les lettres la France était plus loin encore de la vraie supé-riorité. Mais, juge exquis en cette matière, elle ne s’abusait point.Une sorte d’inertie peu ordinaire s’était emparée alors du génie na-tional. On avait vu au xvu° siècle la France , parée de tout 1 éclat dela jeunesse et de la gloire, exceller au plus haut point dans la repré-sentation tragique des passions de l’homme, et dans la représentationcomique de ses travers, illustrer la chaire, par une éloquence grave,