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LIVRE XXVIII.

temps d’autrefois, s’adressait, comme nous l’avons dit ailleurs, à cettemélancolie vraie du cœur humain, qui regrette toujours le passé quelqu’il soit, même le moins regrettable, uniquement parce qu’il n’estplus. Cependant le siècle avait un écrivain ’mmorlcl, immortel commeCésar : c’était le souverain lui-mème, grand écrivain, parce qu’il étaitgrand esprit, orateur inspiré dans ses proclamations, chantre de sespropres exploits dans ses bulletins, démonstrateur puissant dans unemultitude de notes émanées de lui, d’articles insérés au Moniteur , delettres écrites à ses agents, qui, sans doute, paraîtront un jour, et quisurprendront le monde autant que l’ont surpris scs actions. Coloréquand il peignait, clair, précis, véhément, impérieux quand il démon-trait, il était toujours simple comme le comportait le rôle sérieux qu’iltenait de la Providence, mais quelquefois un peu déclainateur, par unreste d’habitude, particulière à tous les enfants de la révolution fran-çaise. Singulière destinée de cet homme prodigieux, d’être le pJusgrand écrivain de son temps, taudis qu’il en était le plus grand capi-taine, le plus grand législateur, le plus grand administrateur! La na-tion lui ayant, dans un jour de fatigue, abandonné le soin de vouloir,d’ordonner, de penser pour tous, lui avait en quelque sorte, par lemême privilège, concédé le don de parler, d’écrire mieux que tous.

Déjà à cette époque, dans cette agitation inquiète d’une littératurevieillie, qui cherche partout des inspirations, une double tendancelittéraire se faisait remarquer. Les uns voulaient remonter au xvn r siè-cle et à l’antiquité, comme à la source de toute beauté; les autresvoulaient demander à l’Angleterre, à l’Allemagne , le secret d’émotionsplus fortes : tristes efforts de l’esprit d’imitation , qui change d’objetsans arriver à l’originalité qui lui est refusée ! Napoléon, par goût na-turel pour le beau pur, et par un instinct de nationalité, repoussaitces tentatives nouvelles, préconisait Racine, Bossuet, Molière , lesanciens avec eux, et. s’attachait à faire fleurir les études classiques dansl’Université. Enfin, cherchant à agir fortement sur l’esprit public, ilimagina un moyen , à son avis le plus efficace, de produire de bonsouvrages, c’était de bien donner la réputation, de la donner justement,grandement, avec autorité. Dans un pays libre, des milliers d’écri-vains voués à la critique, éclairés ou ignorants, justes ou passionnés,honnêtes ou vils, discutent les œuvres de l’esprit, et puis, après unvain bruit, sont remplacés par le temps, qui prononce de la manièreà la fois la plus douce cl la plus sûre, en ne parlant plus de certaines