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LIVRE XXVIII.

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étranger aux secrets de la diplomatie impériale, froissé des dernièresdéfaites, montrait une attitude triste, et surtout malveillante à l’égarddes Français . Les grands en particulier, se rappelant la mobilité de lapolitique russe sous Paul, Commençant à croire que cette mobilité se-rait la même sous son fils Alexandre, craignaient que l’intimité avecla France ne présageât bientôt la guerre avec l'Angleterre, ce qui lesalarmait pour leurs revenus, toujours menacés quand le commercebritannique n’achetait plus leurs produits. Aussi le général Savary,arrivé à Saint-Pétersbourg peu de temps après la signature de la paix,y avait-il trouvé l’accueil le plus froid, excepté auprès de l’empereurAlexandre et de deux ou trois familles composant la société intime dece prince. La catastrophe de Vincennes , que rappelait le général Sa-vary, n’était pas fai te assurément pour lui ramener des cœurs que lapolitique éloignait; mais la vraie cause de l’éloignement général étaitdans le souvenir d’hostilités récentes, de grandes défaites, sans aucunévénement qui put consoler l’amour-propre national. L’empereur,parfaitement instruit de cette situation, cherchait à rendre le séjourde Saint-Pétersbourg supportable, agréable même au général Savary,le comblait de prévenances, l’admettait presque tous les jours auprèsde lui, l’invitait fréquemment à sa table, et, dans la crainte des rap-ports qu’il pourrait adresser à Napoléon, l’engageait à prendre patience,lui disant que tout changerait quand les dernières impressions seraienteffacées, et que la France aurait fait quelque chose pour la juste ambi-tion de la Russie . Il ne savait pas jusqu’à quel point le général Savarypouvait être initié au secret de Tilsit, et travaillait à le deviner, pouravoir le plaisir, si le général connaissait ce secret, de s’entretenir aveclui de ses plus chères préoccupations. L’envoyé français n’était informéqu’en partie, et avait même l’ordre de paraître encore moins informéqu’il ne l’était ; car Napoléon n’avait pas voulu que le jeune empereur,s’entretenant sans cesse des objets qui l’avaient occupé à Tilsit, finitpar se confirmer dans ses propres désirs, et par prendre de simpleséventualités pour des réalités certaines et prochaines. Le général Sa-vary répondait donc avec une extrême réserve aux insinuations del’empereur, avec une vive gratitude à ses aimables prévenances, semontrait content, point troublé du désagréable accueil de la sociétérusse, et plein de confiance dans un prompt changement de disposi-tions. Il avait d’ailleurs, pour se défendre, suffisamment d’esprit, beau-coup d’aplomb, et l’immensité de la gloire nationale, qui permettaitaux Français de marcher partout la tète haute.