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L’exemple (le l'empereur Alexandre, sa volonté fortement exprimée,avaient ouvert au général Savary quelques-unes des plus importantesmaisons de Saint-Pétersbourg , mais la plupart des grandes famillescontinuaient à l’exclure ; car Alexandre, maître du pouvoir, ne l’étaitcependant pas de la haute société, placée sous une autre influence quela sienne. Ayant dû à une catastrophe tragique la possession anticipéedu sceptre des czars, ce prince cherchait î» dédommager sa mère, des-cendue avant le temps au rôle de douairière, en lui laissant tout l’ex-térieur du pouvoir suprême. Cette princesse, vertueuse mais hautaine,se consolait d’avoir perdu avec Paul la moitié de l’empire, par tout lefaste de la représentation impériale dont son fils voulait qu’elle fûtentourée. Quant à lui, il n’avait point de cour. N’aimant point l’im-pératrice son épouse, beauté froide et grave, il se hâtait après ses repasde sortir de son palais, pour se livrer ou aux affaires avec les hommesd’Etat ses coniidenls, ou h ses plaisirs auprès d’une dame russe dontil était épris. La cour se réunissait chez sa mère. C’est là que se fai-saient voir les courtisans aimant à vivre dans la société du souverain,ayant des faveurs à obtenir, ou des remerciments à adresser pour desfaveurs obtenues. Tous venaient ou solliciter, ou rendre grâces auprèsde l’impératrice mère, comme si elle eût été l’auteur unique des actesdu pouvoir impérial. Alexandre lui-mème s’y montrait avec l’assiduitéd’un fils respectueux, soumis, qui n’aurait pas encore hérité du scep-tre paternel. L’impératrice mère chérissait tendrement son fils, netenait ni ne souffrait aucun propos qui pùt le contrarier, mais donnaitcours à ses propres sentiments, en manifestant à l’égard des Français un éloignement visible. Elle avait donc accueilli le général Savary avecune froide politesse. Celui-ci ne s’en était point ému, mais avait adroi-tement témoigné au fils qu’aucune de ces circonstances ne lui échap-pait. Un moment Alexandre, ne se contenant plus, et craignant que,sous ce respect affecté pour sa mère, un étranger, un aide de camp deNapoléon pùt ne pas reconnaître le véritable maître de l’empire, saisitla main du général et lui dit : >■ Il n’y a de souverain ici que moi. Jerespecte ma mère, mais tout le monde obéira, soyez-en sur ; et entout cas je rappellerai à qui en aurait besoin la nature et l’étendue demou autorité. « Le général Savary, satisfait d’avoir amené l’empereurà une pareille confidence eu piquant son orgueil impérial, s'arrêta,rassuré sur ses dispositions, et sur sou zèle à maintenir la nouvellealliance. Du reste, la cour de l’impératrice mère se montra bientôt,