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LIVRE XXVI11.

Copenhague, celte commission donnée à la Russie de justifier f Angle-terre auprès du Danemark , étaient à l’égard du cabinet russe une fa-miliarité des plus offensantes. L’empereur de Russie la ressentit vive-ment, et voulut qu’on accueillit avec la plus grande hauteur lesouvertures de l’Angleterre. A la proposition de justifier à Copenhague l’enlèvement de la flotte danoise, il fit répondre par une demande for-melle d’explication sur ce même sujet, et il exigea de lord Gower qu’ilse prononçât sur-le-champ, et d’une manière catégorique, sur la pro-position de médiation que le cabinet russe avait adressée au cabinetbritannique. Lord Gower, si honorablement connu depuis sous le nomde lord Granville , sembla sortir en cette occasion de son indolence ac-coutumée , insista impérieusement pour qu’on lui fit connaître lesecret des négociations de Tilsit, et prétendit que, tant qu’on ne diraitpas ce qu’on avait fait dans cette célèbre entrevue, l’Angleterre secroirait dispensée de toute explication sur ce qu’elle avait fait à Co-penhague . Pour ce qui était do la médiation russe, lord Gower, pressédéfinitivement de déclarer s'il consentait ou non à l’accepter, réponditfièrement que non.

Telle fut l’issue des explications avec lord Gower. Quant aux ouver-tures dont le soin était laissé à M. Wilson, M. de Romanzoff lesaccueillit légèrement, comme paroles sans importance, et congédiaM. Wilson lui-mème, sans paraître comprendre ce que celui-ci avaitvoulu dire. Il l’avait cependant bien compris, ainsi qu’on va bientôtle voir.

M. de Romanzoff, ancien ministre de Catherine, conservant unreflet de la gloire de cette princesse, héritier de sa vaste ambition,grand personnage à tous les litres, était devenu dans ces circonstancesle confident intime d’Alexandre et de tous ses rêves. Ministre ducommerce, il allait être nommé ministre des affaires étrangères; etAlexandre, cherchant un ambassadeur qui pùt convenir à Paris , n’avaitpas voulu l’y envoyer, bien qu’aucune qualité ne lui manquât pour untel poste, uniquement pour le garder auprès de sa personne. Le jeunesouverain et son vieux ministre désiraient avec ardeur les provinces duDanube. La Finlande , acquisition immédiatement plus souhaitable,car c’était le nécessaire, tandis que les provinces du Danube n’étaientque le superflu, ne les touchait pas à beaucoup près autant. La Mol-davie, la Valachie menaient à Conslanlinople , et c’était là ce qui lesséduisait. Aussi les auraient-ils acceptées n’importe de quelle main,