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LIVRE xxvm.

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où il faudra. S’il ne convient pas, qu’on m’avertisse, et j’en enverraiun autre, tant j’ai à cœur de prévenir le moindre nuage. On n’essayeracertainement pas de nous faire battre de sitôt ; mais on dira à Napo-léon que je suis faible, changeant, entouré de ses ennemis, qu’il n’y apas à compter sur moi. On me dira que Napoléon est insatiable; qu’ilveut tout pour lui, rien pour les autres ; qu’il est aussi rusé que vio-lent; qu’il me promet beaucoup, qu’il n’accordera rien; qu’il me mé-nage aujourd’hui, mais que lorsqu’il aura tiré de moi ce qu’il ensouhaite, il me frappera à mon tour, et que, séparé de mes alliés quej’aurai laissé détruire, il faudra me résigner au même sort. Je ne lecrois point. J’ai vu Napoléon, je me flatte de lui avoir inspiré unepartie des sentiments qu’il m’a inspirés à moi-même, et je suis certainqu’il est sincère. Mais lorsqu’on est loin, et qu’on ne peut pas se voir,les défiances sont promptes à naître. Qu’au premier doute, à la pre-mière impression pénible, il m’écrive, ou me fasse dire un mot parvous, ou par l'homme de confiance qu’il aura choisi, et tout s’expli-quera. Pour moi je lui promets une franchise entière, et j’en attendsune semblable de sa part. Oh! si je pouvais le voir comme à Tilsit,tous les jours, à toute heure ! quel entretien que le sien! quel esprit !quel génie ! combien je gagnerais à vivre souvent auprès de lui ! quede choses il m’a enseignées en quelques jours ! Mais nous sommessi loin ! cependant j’espère le visiter bientôt. Au printemps j’irai àParis , et je pourrai l’admirer dans son Conseil d’État, au milieu deses troupes, partout enfin où il se montre si grand. Mais d’ici là il fautessayer de nous entendre par intermédiaire, et rendre la confianceaussi complète que possible. Pour moi, j’y fais ce que je puis; mais jen’exerce pas ici l’ascendant que Napoléon exerce à Paris . Vous le voyez,ce pays a été surpris par le changement un peu brusque qui s’est opéré.Il craint les maux que l’Angleterre peut causer à son commerce, ilvous en veut de vos victoires. Ce sont des intérêts qu’il faut satisfaire,des sentiments qu’il faut apaiser. Envoyez-nous ici des négociantsfrançais , achetez nos munitions navales et nos denrées, nous achète-rons en retour vos produits parisiens : le commerce rétabli fera cesserles inquiétudes que les hautes classes ont conçues pour leurs revenus.Aidez-moi surtout à vous conquérir la nation tout entière , en faisantquelque chose pour la juste ambition de la Russie . Ces misérablesTurcs, qui égorgent aujourd’hui vos partisans, qui font voler les têtesde quiconque est réputé ami des Français (c’est ce qui avait lieu dans