Band 
[7. - 8.]
Seite
143
JPEG-Download
 

FONTAINEBLEAU .

143

cialcmenl deux choses : d’abord, l'autorisation de faire élever enFrance les cadets appelés à servir dans la marine russe , lesquels étaientordinairement élevés en Angleterre, où ils contractaient un fâcheuxesprit; ensuite la faculté d’acheter dans les manufactures françaisesdes fusils pour remplacer ceux des soldats russes, qui étaient de mau-vaise qualité; ajoutant que, les deux armées étant destinées mainte-nant à servir la même cause, elles pouvaient échanger leurs armes. Ilaccompagna ces paroles gracieuses d’un magnifique présent de four-rures pour l’empereur Napoléon, en disant qu’il voulait être sonmarchand de fourrures , et répéta qu’il attendait M. de Tolstoy poul-ie faire partir dès qu’on l’aurait définitivement agréé à Paris .

En apprenant ces détails, fidèlement rapportés par le général Sa-vary, Napoléon fut à la fois satisfait et embarrassé, car il vit bien qu’ilpouvait disposer à son gré de l’empereur Alexandre et de son ministreprincipal ; mais il avait réfléchi froidement depuis Tilsil, et il com-mençait à penser que c’était chose grave que de laisser faire un nou-veau pas vers Constantinople au gigantesque empire de Pierre leGrand,empire dont la croissance depuis un siècle était si rapide qu’elle avaitde quoi épouvanter le monde. Le général Sébastiani, de son côté, luiécrivait de Constantinople que les Russes y étaient abhorrés; que si lesTurcs avaient la moindre espérance de trouver un appui auprès de laFrance , ils se jetteraient eux-mêmes dans ses bras, et qu’au lieud’avoir à les combattre pour les forcer à devenir sujets de la Russie , ilsuffirait peut-être d’un léger discours pour les aider à devenir sujets dela France ; que toutes les parties de l’empire propres par leur situa-tion à devenir françaises se donneraient spontanément à nous ; que,dans ce cas, c’est avec l’Autriche et non avec la Russie qu’il faudraitchercher à s’entendre ; que l’accord avec l’Autriche serait bien plus fa-cile et plus avantageux, soit qu’on voulût partager, soit qu’on voulûtconserver l’empire ottoman ; car si on le partageait, elle demanderaitmoins, toujours satisfaite que la Russie n’eût rien sur les bords du Da-nube ; et, si on se décidait à le conserver, elle se tiendrait pour siheureuse d’une telle résolution qu’on aurait son concours avec de très-faibles sacrifices. Ces diverses idées, qui avaient toutes leur côté spé-cieux, s’étaient succédé et alternativement combattues dans l’esprit deNapoléon, dont l’activité ne reposait jamais, et il ne voulait pas êtretrop pressé de prendre un parti sur un sujet aussi important. Dans unsystème d’ambition modérée, refuser des satisfactions à l’ambition