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LIVliE XXVIII.

russe eût élé fort sage. Mais avec ce qu’on avait entrepris, avec ce qu’onallait entreprendre encore, c’était ajouter à la témérité de la politiquefrançaise que de s’engager dans de nouveaux événements sans s’atta-cher complètement la Russie pour un sacrifice en Orient.

Napoléon imagina de satisfaire l’ambition moscovite , non versl’Orient, où elle était vivement attirée, mais vers le Nord, où elle l’étaitfort peu, et de lui livrer la Finlande , sous prétexte de la pousser surla Suède . « C’est beaucoup, se disait-il, qu’une conquête telle quecelle de la Finlande , et l’empereur Alexandre doit y trouver pour l’opi-nion russe une première satisfaction, qui lui donnera le temps d’enattendre d’autres. » C’était beaucoup en effet que la Finlande , surtouten considérant les véritables intérêts européens ; car si la Russie , enprenant la Moldavie et la Valachie, faisait vers les Dardanelles un pro-grès alarmant pour l'Europe , elle en faisait un non moins inquiétantvers le Sund, en s'appropriant la Finlande . Malheureusement, tandisqu’elle obtenait ainsi une extension regrettable pour l’indépendancefuture de l’Europe , elle recevait un présent presque sans prix à sesyeux. Napoléon donnait beaucoup en réalité, fort peu en apparence ;et c’est le contraire qu’il aurait fallu qu’il fit, pour acheter au meilleurmarché possible la nouvelle alliance qui allait devenir le fondement detoutes ses entreprises ultérieures. Il se flatta donc de contenter la Rus-sie avec la Finlande -, et quant aux provinces du Danube , il résolut d’a-journer toute décision à leur égard, sans détruire toutefois les espéran-ces qu’il avait besoin d’entretenir.

Il avait eu, lui aussi, beaucoup de peine à trouver un ambassadeurqui pût convenir à Saint-Pétersbourg , et il avait fini par choisir M. deCaulaiucourt, actuellement grand écuyer, militaire de profession,homme droit, sensé, digne, très-injustement compromis dans l’affairedu duc d’Enghien (ce que Napoléon regardait presque comme uneconvenance pour l’ambassade de Russie ), mais très-propre à imposerau jeune empereur, à le suivre partout, et à dissimuler par sa droituremême ce qu’aurait d’un peu artificieux une mission dont le but étaitde ne pas tenir tout ce qu’on laissait espérer. Napoléon instruisitM. de Caulaincourt de ce qui s’était passé à Tilsit, lui avoua qu’ens’efforçant de contenter 1 empereur Alexandre il ne voulait cependantpas lui faire des concessions trop dangereuses pour l’Europe , et lui re-commanda de ne rien négliger pour conserver une alliance sur laquelledevait reposer désormais toute sa politique. Il plaça à sa suite quel-