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LIVRE XXVIII.

Suède au moment où commenceraient les opérations des Russes contrela Finlande .

Napoléon , obligé par les événements à continuer la guerre contrel'Angleterre, et armé de tous les moyens du continent, songea à lesemployer avec l’énergie et l’habileté dont il était capable. Même avantde connaître le résultat de l’expédition de Copenhague , et dès qu’ilavait su que cette expédition se dirigeait vers la Baltique , il avait faitpartir M. l’amiral Decrès pour Boulogne, afin d’inspecter la flottille,et de voir si elle pourrait embarquer l’armée qu’il voulait ramenerd’Allemagne , aussitôt que la Prusse aurait acquitté ses contributions.Le départ de l’expédition anglaise envoyée vers le Sund était une occa-sion unique pour surprendre l’Angleterre à moitié désarmée. M. Decrès ,transporté en toute hâte à Boulogne, Wimereux, Ambletcuse, Calais ,Üunkcrque, Anvers,avait trouvé malheureusement la flottille dans unétat qui la rendait peu propre à se charger d’une nombreuse armée.Le port circulaire creusé à Boulogne était ensablé de deux pieds; lesports de Wimereux et d’Ambleteuse , de trois, et il suffisait de quel-ques annéés encore pour faire disparaître ces créations du génie deNapoléon et de la constance de nos soldats. La plupart des bâtiments,construits précipitamment et avec du bois vert, exigeaient de grandsradoubs. On n’avait maintenu en étal de servir à la mer qu’environ500 de ces bâtiments, sur 1,900 ou 1,500, et ces trois cents étaientsans cesse occupés à manœuvrer, ou à former comme en 1804 la ligned’embossage, du fort de l’Heurt au fort de la Crèche. Quant aux 000bâtiments de transport, achetés en tout lieu et à tout âge, ils étaientpresque hors de service, par suite d’un séjour de quatre années aumouillage. Les marins, organisés pour la plupart en bataillons, avaientperdu quelques-unes de leurs qualités comme hommes de mer, maiscomme soldats de terre ils présentaient la plus belle troupe qu’il y eûtau monde. Le général Gouvion Saint-Cyr , qui commandait le camp deBoulogne, déclarait qu’il n’y avait rien de plus beau dans l’armée fran-çaise, la garde impériale comprise. Reportés sur des vaisseaux, etbientôt redevenus marins, ils pouvaient former l’équipage de douzegrands vaisseaux de ligne. Quant à la flottille hollandaise, renvoyée enpartie chez elle, restée en partie à Boulogne, elle souffrait moins dansson matériel, qui avait été mieux construit; mais elle s’ennuyait deson oisiveté, et les hommes regrettaient un emploi plus utile de leuractivité et de leur courage.