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LIVBE XXVIII.

comme aussi sacrée que la Divinité elle-même. Vers la lin du derniersiècle, un prince sage, éclairé, laborieux, et un minisire digne de lui,Charles III et M. de Florida-Blanca, avaient essayé d’arrêter la déca-dence générale, mais n’avaient fait que suspendre un moment le tristecours des choses. Sous le règne suivant, l’Espagne était descendue audernier degré de l’abaissement, bien que les belles qualités de la nationne fussent qu’engourdies. Le roi Charles IV , toujours droit, bien in-tentionné, mais incapable de tout autre travail que celui de la chasse,regardant comme un bienfait du ciel que quelqu’un se chargeât de ré-gner pour lui -, son épouse, toujours dissolue comme une princesseromaine du Bas-Empire, toujours soumise à l’ancien garde du corpsdevenu prince de la Paix, et lui gardant son cœur tandis qu’elle don-nait sa personne à de vulgaires amants que lui-mème choisissait ; leprince de la Paix toujours vain, léger, paresseux , ignorant, fourbe etlâche, manquant d’un seul vice, la cruauté, toujours dominant sonmaitrc eu prenant la peine de concevoir pour lui les molles et capri-cieuses résolutions qui suffisaient à la marche d’un gouvernement avili;le roi, la reine, le prince de la Paix, avaient conduit l’Espagne à unétal difficile à peindre. Plus de finances, plus de marine, plus d’armée,plus de politique, plus d’autorité sur des colonies prêtes à se révolter,plus de respect de la part d’une nation indignée, plus de relations avecl’Europe qui dédaignait une cour lâche, perfide et sans volonté; plusmême d’appui en France , car Napoléon avait été amené par le méprisà croire tout permis envers une puissance arrivée à cet état d’abjec-tion : telle était l’Espagne en octobre 1807.

Le premier intérêt de la monarchie espagnole, depuis qu’enferméeentre les Pyrénées et les mers qui l’enveloppent, elle n’a plus à s’in-quiéter ni des Bays-Bas ni de l’Italie , le premier intérêt c’est la marine,qui comprenait alors l’administration de ses colonies et celle de sesarsenaux. Ses colonies ne contenaient ni soldats, ni fusils pour armerles colons à défaut de soldats. Ses capitaines généraux étaient pour laplupart des officiers si timides et si incapables, que le gouverneur desprovinces de la Plata avait livré sanscombatBuenos-Ayresaux Anglais ,et qu’il avait fallu qu’un Français , M. de Liniers, à la tète de cinqcents hommes, entreprît lui-même de chasser les envahisseurs, ce qu’ilavait fait avec un succès complet. Les Espagnols , indignés, avaientdéposé le capitaine général, et voulaient nommer à sa place M. de Li-niers, qui n’avait accepté que le titre provisoire de commandant mili-