Band 
[7. - 8.]
Seite
186
JPEG-Download
 

18G

LIVRE XXVIII.

C’était un esprit médiocre, un ambassadeur gauche et parcimonieux,peu propre aux finesses de son état, et moins encore au genre de re-présentation que cet état commande, doué cependant de quelque bonsens et d’une parfaite droiture. Atout cela il ajoutait une morgue as-sez ridicule, excitée par le sentiment de sa situation, puisqu’il avait,d'après ce que nous venons de dire, l’honneur d’être beau-frère de sasouveraine.

Sa gravité, sa probité, sa m ladresse concordaient peu avec la four-berie et la légèreté du favori, et il aimait ce dernier aussi peu qu’ill’estimait. Il adressait à Napoléon des rapports conformes à ce qu’ilsentait. Aussi le regardait-on à Madrid comme ennemie du grand ami-ral. C’étaient là des circonstances favorables pour les confidents deFerdinand. Le chanoine Escoïquiz se chargea d’entrer en relations avecM. de Beauharnais, et se fit présentera lui sous prétexte de lui offrirun poëme qu’il avait composé sur la conquête du Mexique . Peu à peule chanoine en arriva à des communications plus intimes, s’ouvrit en-tièrement à l’ambassadeur de France , et lui fit part de la situation duprince, de ses dangers, de ses désirs, et du vœu qu’il formait d’obte-nir une épouse de la main de Napoléon , ne voulant à aucun prix decelle que lui destinait Emmanuel Godoy '.

1 M. de Toreno et plusieurs historiens, tant français qu’espagnols, ont prétenduque M. de Beauharnais avait reçu de Paris ou s’était donné à lui-même la missiond’entrer en rapport avec le prince des Asturies, soit pour lui inspirer l’idée d'é-pouser une princesse française, soit pour diviser la famille royale d'Espagne , et seménager ainsi le moyen d’y semer les troubles dont on protita depuis. C’est uneerreur complète dont la preuve se trouve dans la correspondance officielle et secrètede M. de Beauharnais. Celui-ci raconte, dans cette double correspondance, com-ment les agents du prince des Asturies vinrent à lui. et de son récit parfaitementsincère, car il était incapable de mentir, il résulte évidemment que l’initiative deces relations fut prise par le prince des Asturies et non par la légation française.Nous allons citer, du reste, deux pièces qui éclaircissent parfaitement ce point. Lapremière est une dépêche de M. de Champagny, dans laquelle ce ministre, répon-dant à une lettre pleine de réticences de M. de Beauharnais, lui enjoint en unlangage assez sévère de s’exprimer avec plus de clarté. Cette première dépêche dé-montre positivement que ce n’est pas Napoléon qui avait eu l’idée de s’immiscerdans l’intérieur de la famille royale d’Espagne , et qu’au contraire on était venu àlui. La seconde est la lettre même du prince Ferdinand à M. de Beauharnais, danslaquelle ce prince avait renfermé la demande de mariage adressée à Napoléon . Ona publié la demande de mariage, on n'a jamais connu ni publié la lettre qui la con-tenait. La lecture même de cette seconde pièce prouvera que M. de Beauharnais,pas plus que son gouvernement, n’avaient commencé les relations avec leprince des Asturies. Au ton de cette lettre il est facile de reconnaître que le