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LIVRE XXVIil.

les auteurs du plan avaient encore imaginé, pour le cas où le roi vien-drait à mourir subitement, de donner au duc de l'Infantado des pou-voirs signés à l’avance par Ferdinand, pouvoirs en vertu desquels leduc aurait le commandement militaire de Madrid et de la Nouvelle-Castille, afin qu’on fût en mesure, s’il le fallait, de résister parlaforce des armes aux tentatives du prince de la Paix. Tels étaient lesmoyens préparés par ce conciliabule, pour se garder contre un projetvrai ou supposé d’usurpation ; et ces moyens ne décelaient assurémentni beaucoup de profondeur d’esprit , ni beaucoup d’audace de carac-tère. Mais pendant ces menées du prince et de ses amis, des espionsapostés autour d’eux avaient observé des allées et venues inaccoutu-mées. Ils avaient vu Ferdinand lui-mème écrire plus souvent qu’il nele faisait d’ordinaire, et ils l’avaient entendu , dans son exaspérationcontre sa mère et le favori, tenir des propos d’une singulière amer-tume. L’entrée des troupes françaises en Espagne , sujet d’une infinitéde conjectures, avait été aussi l’occasion de discours fort irréfléchis dela part du prince et de ses amis. Ceux-ci se regardant déjà comme cer-tains de la protection de la France et s’en vantant volontiers , bienqu’ils eussent longtemps fait un crime à Emmanuel Godoy de la recher-cher, et de la payer d’une aveugle soumission, se plaisaient à insinuer,quelquefois même à dire tout haut, que ce n’était pas en vain que lesarmées françaises passaient les Pyrénées , et que le méprisable gouver-nement qui opprimait l’Espagne ne tarderait pas à s’en apercevoir ; cequi était malheureusement plus vrai qu’ils ne le croyaient cux-inêmes,et qu’ils n’eurent bientôt à le désirer.

Parmi les personnes chargées d’observer Ferdinand, l’une d’elles (onprétend que c’était une dame de la cour), soit quelle eût obtenu laconfidence des secrets du prince, soit qu’elle eût porté sur ses papiersun œil indiscret, révéla tout à la reine. Celle-ci en apprenant ces détailsfut saisie d’un violent accès de colère. Le prince de la Paix ne se trou-vait point en ce moment à l’Escurial, distant de Madrid d’une douzainede lieues. Il avait l’habitude de passer une semaine à l’Escurial, unesemaine à Madrid . Il était malade, disait-on, des suites de ses dé-bauches. On le manda secrètement, et il sortit de son palais par uneporte dérobée, voulant en cette circonstance laisser ignorei sa présenceà l’Escurial, et écarter l’idée qu’il put être l’instigateur des scènes quise préparaient. La reine, encore plus irritée que lui, chercha à per-suader au roi qu’il n’y avait pas moins qu’une vaste conspiration contre