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LIVRE XXVIII.

liment fut gênerai, unanime chez toules les classes de la nation : sin-gulier contraste avec ce qui devait bientôt, dans cette même Espagne ,éclater de sentiments contraires à la France et à son chef !

Après avoir longtemps méprisé l’Espagne , au point de se permettresous ses yeux tous les genres de scandales, le favori commença à s’ef-frayer, en entendant le cri de réprobation qui de toutes parts s’élevaitcontre lui. Il sortit de son lit, où il alfectait d’ètre retenu par unegrave indisposition, et imagina de se montrer à l’Escurial en pacifica-teur et en conciliateur. Les passions déchaînées de la reine étaientmoins faciles à contenir que les siennes, et il eut quelque peine à luifaire entendre qu’il fallait s’arrêter dans la voie où l’on était entré, sion ne voulait provoquer une sorte de soulèvement populaire. La signa-ture du traité de Fontainebleau venait de lui être annoncée, et, quoi-que ce traité ne dût pas recevoir encore la consécration de la publicité,Emmanuel Godoy était dans la joie d’avoir obtenu la qualité de princesouverain, avec la garantie par la France de celle qualité nouvelle. Ily voyait une raison de se rassurer, d’éviter toute crise violente, derechercher en un mot des moyens plus doux pour arriver à son but.Déshonorer le prince des Asturies lui semblait plus sur que de lui in-fliger une condamnation, qui révolterait toute l'Espagne , et aprèslaquelle ce prince deviendrait l’idole de la nation '. Il y avait déjà un

1 M. de Torcno a prétendu, et d’autres écrivains ont répété, que le motif qui fitsuspendre la procédure entamée contre le prince des Asturies n'était autre quel’injonction adrissce par Napoléon au prince de la Paix de ne compromettre enrien les agents du gouvernement français , ni ce gouvernement lui même. C’est làune pure supposition, démentie par les faits et par 1rs dates. Il était très facile decontinuer ce procès sans faire figurer l’ambassadeur de France , puisque les commu-nications avec lui n'étaient que le moindre des griefs, et que les autres pièces, tellesque l’écrit où l'on révélait à Charles IV la conduite du favori, le chiffre, la nomi-nation éventuelle de 1 : . le duc de l’Infantado, Constituaient 1rs prétendus délits duprince et de ses complices. Ce qui le piouve mieux encore, c’est que la procédurefut continuée contre les complices du prince, et que les griefs restant exactementles mêmes, la difficulté, si elle avait existé, eût été aussi grande avec eux qu'avecJe prince. Mais cette invention, je le répète, est contredite piéemptoirement parles dates. Ca demande de pardon, l’acte royal qui l’accorde, sont du H novembre.Or, à cette époque on savait à peine à Pans l'arrestation du prince: car la saisiede ses papiers est du 27 octobre, son arrestation du 28, la divulgation de tous cesfaits à Madrid du29 Aucune nouvelle explicite ne put donc partir de Madrid avantle 29 octobre. Tous les courriers, à cette époque, mettaient à faire le trajet de septà huit jours. Ainsi la nouvelle ne pouvait pas être à Paris avant le 5 novembre.Partie même le 27. elle n’y eût été que le 5, et on n’aurait pas eu le temps assuré-ment d’ordonner à Paris, le 5, un acte qui se consommait à Madrid le 8, qui même