Band 
[7. - 8.]
Seite
201
JPEG-Download
 

FONTAINEBLEAU .

201

personnages qu’il venait de dénoncer. Les prisonniers répondirent avecune dignité, une fermeté qui les honorait, à toutes les questions quileur furent adressées, et ramenèrent, l’accusation à ce qu’elle avait devrai, en déclarant qu’ils avaient uniquement cherché à détromperCharles IV abusé par un indigne favori , à tirer le prince des Asturiesd’une oppression intolérable, et à prévenir, en cas de mort du roi, unacte d’usurpation prévu et redouté par toute l’Espagne . La fermeté deces honnêtes gens, coupables sans doute de s’etre prêtés à des démar-ches irrégulières, mais ayant pour excuse une situation extraordinaire,leur fermeté, disons-nous, déshonorait et la cour infâme qui voulait lessacrifier à sa vengeance, et le prince pusillanime qui payait leur dévoue-ment du plus lâche abandon.

Cependant l’effet de cette audacieuse et inepte procédure fut immensedans toute la Péninsule. Ce n’était qu’un cri de fureur et d’indignationcontre le prince de la Paix, contre la reine, qui cherchaient, disait-on,à immoler un fils vertueux, seul espoir de la nation. On ne savait pasle fond des choses, mais on refusait de croire à celte absurde impu-tation dirigée contre le prince des Asturies d avoir voulu détrôner unpère , et le bon sens populaire entrevoyait qu’il n’y avait eu dans lesactes incriminés qu’un effort pour détromper Charles IV , et quelquesprécautions pour empêcher le favori d’usurper l’autorité suprême. Peuà peu la démarche tentée par Ferdinand auprès de Napoléon finissantpar être connue , on interpréta par la colère que la cour avait dû enressentir le scandaleux procès de l’Escurial. Aussitôt l’esprit public, seconformant à ce qu’avait fait l’héritier adoré de la couronne, l’approuvasans réserve. C’était, disait-on, une bonne inspiration que de s’adresserà ce grand homme, qui avait rétabli l’ordre et la religion en Fiance ,qui pourrait, s’il le voulait, régénérer l’Espagne , sans lui faire travers! rune révolution ; c’était surtout une sage pensée que de songer à unirles deux maisons par les liens du sang, car celte union pouvait seulefaire cesser les défiances qui séparaient encore les Bourbons des Bona-parte. On approuva Ferdinand d’avoir eu confiance dans Napoléon ; onsut gré à Napoléon de la lui avoir inspirée, et sur-le-champ, avec lamobilité, l’ardeur d’une nation passionnée, la population des Espagnesne forma qu’un vœu, ne poussa qu’un cri : ce fut de demander que leslongues colonnes de troupes françaises acheminées vers Lisbonne sedétournassent un moment vers Madrid , afin de délivrer un père abusé,un fils persécuté, du monstre qui les opprimait tous les deux. Ce sen-