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LIVRE XXVI11.

élé dénoncé à !a nation espagnole. Mais il n’était plus lemps de reve-nir sur un si grand scandale. Les déplorables scènes de l’Escurial étaient inséparables les unes des autres, et aucune ne pouvait demeu-rer cachée. Les premières déshonoraient le roi, la reine, le favori ; ladernière déshonorait le prince des Asturies.

Cependant l’effet sur l’opinion publique ne fut pas tel qu’on l’auraitsupposé. Bien que tous les acteurs de ces scènes eussent mérité uneréprobation à peu près égale, le père pour sa faiblesse, la mère et lefavori pour leurs criminelles passions, le fils pour le lâche abandon descs amis, néanmoins le peuple espagnol , résolu à ne trouver de torts |qu’au favori et à la reine, ne voulut voir dans la conduite du prince |

qu’une suite de l’oppression sous laquelle il gémissait; dans ses décla- |

rations, que des aveux ou supposés ou extorqués, et continua de l’aiiner Iavec idolâtrie, de lui prêter toutes les vertus imaginables, de demander 1à Napoléon un mouvement de son bras puissant vers l’Espagne . Sur- .?le-champ Napoléon devint le dieu tutélaire, invoqué de tous les côtés,et par toutes les voix. C’est le seul moment peut-être où le peuple îjespagnol ait admiré avec transport un héros qui ne fût pas Espagnol, Iet fait appel à une influence étrangère.

De même qu’on avait mandé à Napoléon la mise en accusation du princedes Asturies, on lui mandaaussi le pardon accordé à ceprince. 11 fut sur-pris de l’un autant que de l’autre, mais il vit clairement que ce drame, ;qui eût été sang’ant dans un autre siècle, qui n’était que repoussant dans Jle nôtre, allait se ralentir, pour reprendre ultérieurement son cours, et jn'aboutir que plus tard à sa conclusion .Quoique la démarche du prince des i

Asturies l’eût disposé favorablement, il ne savait s’il fallait se fier à untel caractère, s’il n’y avait pas dans sa faiblesse et dans ses passions des rai-sonsdevoirenlui ou un allié impuissant,ou un ennemi perfide. Lui donnerune princesse de la maison Bonaparte , solution en apparence la plusfacile, n’était donc pas un parti très-sûr. D’ailleurs l’histoire présentaitdes exemples peu encourageants à l’égard des princesses chargées de 'nous attacher l’Espagnepardcsmariages. Faire régner encore Charles IV ,le prince de la Paix, la reine, ne semblait pas non plus une solutionqui offrit beaucoup de durée, tant à cause de la santé du roi que del'indignation de l’Espagne prête à éclater. Changer la dynastie parais- |sait donc le parti le plus simple. Mais restait toujours dans ce cas le |

danger de froisser le sentiment d’une grande nation, et surtout le sen- 1

liment de l’Europe , tout prétexte manquant pour détrôner des princes j