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ARANJUEZ .

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Espagnols , car, au lieu de vingt bataillons, ils ne nous en avaientfourni que huit, et animés de si mauvais sentiments à l’égard desFrançais qu’il avait fallu les renvoyer dans leurs cantonnements.

En présence de celte alternative, ou de laisser consommer à Lis-bonne des événements regrettables, ou de braver de nouvelles fatiguesavec des troupes exténuées, à travers un pays plus affreux que celuiqu’on venait de parcourir, le général Junot n’hésila pas, et préféra leparti de l'obéissance à celui de la prudence. Il prit donc la résolutionde continuer cette marche précipitée, en traversant la suite des contre-forts détachés du Beira, qui bordent le Tage depuis Alcantara jusqu aAbrautès. Il ramassa quelques souliers et quelques bœufs, profita d’undépôt de poudre existant sur les lieux, et du papier sur lequel étaientécrites les volumineuses archives deschevaliers d’Alcanlara, pour fabri-quer des cartouches. Puis, il fit deux parts de son armée, l’une com-posée de l’infanterie des deux premières divisions, l’autre de l’infanteriede la troisième division, de la cavalerie, de l’artillerie et des traînards.Il porta la première eu avant, et. laissa la seconde h Alcantara , avecordre de rejoindre, dès qu’elle serait un peu ralliée, refaite, et pour-vue de moyens de transport. Il n’emmena avec lui que quelquescanons de montagne, que leur calibre rendait plus faciles à traîner.

Il résolut de partir le 20 novembre d’Aleantara, et de franchir lafrontière du Portugal par la droite du Tage , tandis que le généralCarafa la franchirait par la gauche. Sans doute il eût beaucoup mieuxvalu passer le Tage , s’enfoncer plus avant dans l’Estradamure, gagnerBadajoz, et prendre la grande route de Badajoz à Elvas , que suiventordinairement les Espagnols , à travers l’Alcntejo, province unie etd’un parcours facile. Mais il fallait descendre la Péninsule jusqu’à Ba-dajoz, faire ensuite un long détour à droite pour gagner Lisbonne .Napoléon ordonnant de Paris , d’après la seule inspection de la carte,et préférant la route qui menait le plus vile à Lisbonne , avait prescritde suivre la droite du Tage , d’Aleantara à Abrautès, tandis que lesEspagnols en suivraient la gauche. On s’assurait ainsi, outre l’avantagede la célérité, celui de n’avoir pas à opérer plus tard un passage duTage, lorsqu'on approcherait de Lisbonne . Toutefois, si Napoléonavait pu savoir qu’on rencontrerait en Portugal des pluies torren-tielles, que par la négligeance des alliés l’armée arriverait à Alcantaraexténuée de faim cl de fatigue, il aurait mieux aimé perdre quelquesjours que de poursuivre une marche qui allait bientôt ressembler à une