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LlVllE XXIX.
Le général en chef Junot y avait précédé son armée afin d’y sup-pléer par ses soins à l’incurie du gouvernement espagnol . La ville pré-sentait un peu plus de ressources que les montagnes sauvages del’Estramadure . Cependant ces ressources n’étaient pas très-considé-rables, et elles avaient été absorbées eu partie par les troupes espagnolesdu général Carafa , lequel devait, avec une division de neuf à dixmille hommes, appuyer le mouvement des troupes françaises, et des-cendre la gauche du Tage , tandis que le général Junot en descendraitïa droite. On recueillit quelques bœufs et quelques moutons, on lesdistribua entre les régiments ; on se procura du pain pour en fournirune demi-ration à chaque homme, et on accorda un séjour à l’armée,tant pour la rallier que pour lui rendre ses forces épuisées. Elle avaitlaissé en arrière ou perdu dans les forêts et les torrents un cinquièmede son effectif, c’est-à-dire de 4,000 à fi,000 hommes. La moitié dela cavalerie était démontée,beaucoup de chevaux étant morts de faim,ou n’ayant pu suivre faute de ferrure. Quant à l’artillerie, on avait étéréduit à la traîner avec des bœufs, et, ce moyen ayant bientôt manqué,on n’avait pas à Alcantara six bouches à feu. Quant aux munitions, ilavait fallu les abandonner en chemin avec le reste du matériel.
L’embarras du malheureux général Junot était extrême. D’unepart, il était stimulé par les ordres de Napoléon, par la certitude que,s'il n’arrivait pasbientôt à Lisbonne , il trouverait ou la flotte portugaisepartie avec les richesses du Portugal , ou une résistance organisée qu'ilaurait de la peine à vaincre ; d’autre part, il voyait devant lui le reversdes montagnes du Beira, incliné vers le Tage , consistant en une foulede contre-forts abrupts, séparés les uns des autres par des ravinsépouvantables, tailladés en quelque sorte, comme l’indique le nom deTalladas donné à quelques-uns, entièrement dépeuplés, privés detoute ressource, et devenus plus affreux par les pluies torrentielles del’automne. Ajoutez que nos soldats, partis de France à la liàtc, n’ayantpu se faire suivre par leur matériel, se trouvaient pour la plupart sanssouliers, sans cartouches, et hors d’état soit de soutenir une longuemarche, soit de vaincre une résistance sérieuse, s’ils venaient à enrencontrer une ; ce qui n’était pas impossible, car il restait aux Por-tugais 25,000 hommes de troupes assez bonnes , et très-portées à sedéfendre, attendu que la perspective d’appartenir à l’Espagne ne lesdisposait guère à accueillir favorablement les envahisseurs de leur ter-ritoire. On ne pouvait pas non plus compter sur le concours des