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LIVRE XX1Ï.

puisque, par ce traité, Charles IV avait reçu de Napoléon la garantiede scs États, et le titre de roi des Espagnes et d’empereur des Amé-riques. La publication du traité de Fontainebleau eut été, dans lemoment, un préservatif puissant contre les projets vrais ou supposésd’invasion.

En attendant cette publication, on ne s’était pas fait faute, commenous l’avons dit, de commettre des indiscrétions de tout genre, et dedivulguer le traité tout entier. On débitait publiquement dans lesrues de Madrid , en exagérant même les assertions de la maison Tudo,que le prince de la Paix allait être déclaré roi de Portugal , Charles IVempereur des Indes ; qu'en un mot la faveur de Napoléon à l’égardd’Emmanuel Godoy allait se manifester d’une manière éclatante. Dansles instants fort courts où l’on ajoutait foi à ces bruits, on ouvrait lesyeux à moitié ; on disait que, sans doute, Napoléon se préparait à dé-trôner les derniers Bourbons comme il avait détrôné tous les autres,qu’il était d’accord avec Godoy pour se les faire livrer, cl qu il lui don-nait le Portugal, pour que Godoy à son tour lui donnât l’Espagne . O11calomniait ainsi ce personnage si difficile à calomnier ; car, s’il étaitvrai qu’il eût asservi, avili et perdu ses maîtres, il n’élait pas vrai qu’illes eût trahis en faveur de Napoléon . Heureusement pour la popula-rité de Napoléon en Espagne , ces bruits ne trouvaient pas longuecréance. M. de Beauharnais , à qui sa cour laissait tout ignorer, affir-mait qu’il n’avait aucune connaissance de ce traité , et avec tant debonne foi que personne ne doutait de sa parole. On prenait donc lesassertions des amis du favori pour une de leurs vanteries accoutumées,et on recommençait à croire ce qui plaisait, c’est-à-dire que Ferdinandallait devenir d’abord "l’époux d’une fille adoptive de Napoléon , puisroi, et qu’ainsi disparaîtrait l’odieuse faction qui opprimait et désho-norait 1 Escurial. Et, chose singulière, dans cette triste et sombre his-toire de la chute des Bourbons d’Espagne , tandis que le prince de laPaix demandait à Paris l’autorisation de publier le traité de Fontaine-bleau , M. de Beauharnais y demandait de son côté l’autorisation dele démentir.

Les lettres de Charles IV, les dépêches de M. de Beauharnais ,avaient un long trajet à parcourir pour rejoindre Napoléon alors enItalie , et voyageant de ville en ville avec sa rapidité accoutumée. Dansl’état des communications à cette époque, il ne fallait pas moins desept jours pour aller de Madrid à Paris , pas moins de cinq pour aller