210
LIVRE XXIX.
y porter des marchandises ou en recevoir, et qu’il y eût acquitté desdroits de douane équivalant en moyenne à 23 pour ccnt. Tout bâti-ment, au contraire, qui n’aurait point touché aux ports de la Grande-Bretagne , et aurait dans ses papiers des certificats d’origine délivrespar des agents français , devait être saisi et déclaré de bonne prise. Dela sorte, les navires de commerce (autant du moins que peuvent s’exé-cuter des lois violentes sur l’immensité des mers) étaient contraints,de quelque pays qu’ils vinssent, ou de s’arrêter en Angleterre pour ypayer des droits, ou d’aller s’y approvisionner de denrées et de mar-chandises anglaises. Tout commerce devait donc passer par les portsanglais , toute marchandise en venir ou y acquitter des droits. Grâce àccs prescriptions, les Anglais avaient un moyen certain de nous envoyerleurs denrées coloniales, qui ne portaient pas en elles-mêmes, commeles toiles de coton, par exemple, la preuve de leur origine. Us appe-laient en effet dans la Tamise les bâtiments neutres, les chargeaient desucre et de café, puis les convoyaient jusqu’à la vue de nos côtes,afiu de leur épargner la visite, et les introduisaient ainsi dans nos portsou ceux de Hollande, munis de faux papiers, qui les faisaient passerpour neutres, venant directement d’Amérique .
En recevant à Milan , où il était alors , les ordonnances du 1 1 no-vembre, Napoléon écrivit d’abord à Paris pour demander au ministredes finances et au directeur des douanes un rapport sur ces ordon-nances. Mais, ne pouvant se résigner à attendre leur réponse, il rendit,le 17 décembre, un décret connu sous le titre de décret de Milan , plusrigoureux encore que les précédents. Il s’était borné dans le décret deiïerlin à exclure des ports de l’Empire tout bâtiment qui aurait touchéen Angleterre; il alla plus loin celte fois, et il déclara dénationalisé,partant de bonne prise, tout bâtiment qui aurait abordé en Angleterre,ou dans ses colonies, et qui se serait soumis à l’obligation d’y payer undroit. Par des mesures réglementaires, il établit des peines sévèrescontre les capitaines et les matelots coupables de fausses déclarations.Tandis que Napoléon rendait ce décret, MM. Gaudin, Cretct, Defer-mon, Collin de Sussy, répondant à ses questions, lui proposaient unemesure tendant à peu près au même but, mais encore plus rigoureuse :c’était d’interdire toute relation commerciale avec l’Empire français aux nations qui n’auraient pas elles-mêmes cessé tout commerce avecl’Angleterre. Tel quel, le décret de Milan suffisait pour fermer plusétroitement que jamais les communications que l’Angleterre avait