ÀRANJl’EZ.
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pendant qu’on serait occupé en Espagne , c’était, outre la difficulté devaincre à ces deux extrémités du monde européen, s’imposer non-seu-lement une double tâche, mais rendre la seconde cent fois plus diffi-cile, les Espagnols devant recevoir un extrême encouragement detoute guerre qui s’élèverait au Nord. Il fallait donc, quelque fâcheuseque fût la condescendance qu’on montrerait pour l'ambition d’Alexan-dre, en prendre son parti, et prévenir l’inconvénient de la dispersiondes forces françaises en achetant à tout prix le concours du grand em-pire du Nord, payer, en un mot, de la Moldavie et de la Valachie lapossibilité de détrôner impunément les Bourbons d’Espagne .
Enfin, eût-on réuni toutes ces conditions, il restait un danger grave,grave pour l’Espagne et pour la France , la perte possible, probablemême des riches colonies espagnoles. Ces colonies, en effet , étaientdéjà sourdement travaillées par l’esprit de révolte. L’exemple desEtats-Unis avait fort développé chez elles le penchant de l’indépen-dance, et la honteuse incurie de la métropole, qui les laissait sans dé-fense, les y disposait encore davantage. Il était donc à craindre qu’unedynastie nouvelle et imposée à la nation ne leur fournit le prétextequ’elles cherchaient pour s’insurger, et que la protection anglaise neleur en fournit en outre le moyen. Dans ce cas, trop facile à prévoir,l’Espagne , en attendant qu’elle se lût ouvert d’autres sources de pros-périté, allait être ruinée, et la France n’aurait fait qu’enrichir le com-merce anglais de tous les avantages que devait lui procurer l’exploita-tion des vastes colonies espagnoles.
Tels étaient les trois plans entre lesquels Napoléon avait à choisir.Us présentaient chacun leurs inconvénients ; car le premier, qui au-rait comblé tous les vœux des Espagnols à la fois, en les débarrassantdu favori, en leur assurant la protection de Napoléon par un mariagefrançais, en leur donnant Lisbonne sans compensation territoriale ,n’eût été peut-être qu’une duperie. Le second, qui aurait fait payertous ces avantages d’un cruel sacrifice de territoire , les eût révoltés.Le troisième enfin , qui résolvait la question d’une manière décisive ,qui rapprochait définitivement la France et l’Espagne , qui régénéraitcelle-ci en ne lui demandant d’autre sacrifice que celui d’une dynastieavilie, pouvait néanmoins soulever la nation, exigeait dès lors une dis-ponibilité de forces que Napoléon ne s'était pas ménagée , et, pourdernier inconvénient, mettait les colonies espagnoles en grand péril.
Tout considéré, ce que Napoléon aurait eu de mieux à faire, c’eût