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LIVRE XXIX.
été d’adopter le premier plan, c’est à-dire de délivrer l’Espagne dufavori, de lui accorder la main d’une princesse française , de lui céderle Portugal sans exiger en retour les provinces de l’Èbre , ce qui auraitporté jusqu’à l’ivresse la joie de la nation, et de demander tout auplus l’ouverture des colonies, peut-être l’abandon des îles Baléares oudes Philippines, dont l’Espagne ne tirait aucun parti ; avantages sé-rieux, les seuls désirables, qu’elle nous aurait abandonnés sans regret,sans que ses sentiments pour nous fussent altérés en aucune manière.La reconnaissance aurait pu 11e pas durer, mais elle se serait conservéeassez longtemps pour atteindre la lin de la guerre maritime, pour obte-nir pendant la dernière période de celte guerre le concours sincèredes Espagnols contre les Anglais , pour acquérir au moins à leurs pro-pres yeux le droit de l’exiger, et, si on ne l’obtenait pas, le droit depunir des ingrats.
Mais ce plan, le seul sage, parce qu’il était le seul qui n’ajoutât pasde nouvelles entreprises à celles qui surchargeaient déjà l’Empire, nerencontrai! aucune approbation, ni chez Napoléon dont il contrariaitles secrets désirs, ni chez M. de Talleyrand qui n’avait pas le couragede l’appuyer , quoiqu’il commençât dès lors à s’effrayer des consé-quences que pouvait avoir la politique dont il s’était fait le flatteur.On l’avait vu, pour recouvrer la faveur impériale, entrer complaisam-ment dans toutes les idées de Napoléon , se faire son confident secret,son interlocuteur patient ; et maintenant, la prudence contre-balan-çant chez lui le goiil de plaire, il hésitait, et cherchait dans le secondprojet un terme moyen qui mit d’accord le courtisan et l’homme d’E-tat. Il semblait croire qu’on ne devait pas trop s’engager dans lesaffaires de la Péninsule, qu’il fallait tirer de l'Espagne ce qu’on pour-rait, la livrer ensuite à elle-même, et pour cela, sans prétendre à l’hon-neur de la régénérer, lui donner une princesse française, puisqu’elleen voulait une, la débarrasser du favori, puisqu’elle n’en voulait plus,et lui abandonner enfin la portion réservée du Portugal , trop éloignéede France pour qu’on y tint, mais se la faire payer par l'Aragon , laCatalogne, les Baléares , par l’ouverture des colonies espagnoles, et,après s’ètre ainsi ménagé la compensation de ce qu’on lui aurait donné,la laisser faire, en l’observant du haut des murailles de Barcelone , deSaragosseet dcPampelune 1 . C'est, ainsi que M. de Talleyrand chcr-
1 Ccst ce qui cjpliquc comment M. de Talleyrand , après avoir plus qu'aucunautre flatté ïc penchant de Napoléon à s’engager dans les affaires d’Espagne , a sou-