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de triomphe. Toutes les congrégations religieuses se disputèrent l’hon-neur de l’ensevelir gratuitement, et tout ce que Madrid renfermait deplus respectable accompagna à sa dernière demeure le magistrat quiavait si dignement terminé sa carrière. Quant aux accusés, on se ré-jouissait de voir leur tète sauvée, surtout après les craintes exagéréesque leur procès avait inspirées. On ne craignait pas les conséquencesde ce procès pour leur considération, car l’estime universelle les en-vironnait, au delà même de leur mérite; et on ne s’inquiétait pas deleur exil, car personne n’imaginait qu’il dût être long. Tout le mondeen clfet s’attendait à une catastrophe prochaine, soit qu’elle provînt del’indignation publique excitée au plus haut degré, soit qu elle fût l’ou-vrage des troupes françaises s’avançant silencieusement sur la capitale,sans dire ce qu’elles venaient y faire. On se plaisait toujours à croirequ'elles feraient ce qu’on désirait, c’est-à-dire qu'elles précipiteraientle favori de ce trône dont il avait usurpé la moitié, et uniraient leprince des Asturies avec une princesse française au bruit de leurscanons.
Tandis que les sympathies d’une nation exaltée entouraient ceuxqui se prononçaient contre la cour, cette cour elle-même était rempliede terreur et de rage. Il était d’usage immémorial qu’en janvier lafamille royale quittât la froide et sévère résidence de l’Escurial, pouraller jouir du climat d’Aranjuez , magnifique demeure que traverse leTagc, et où le printemps, comme il arrive dans les latitudes méri-dionales, se fait sentir dès le mois de mars, quelquefois même dès lafm de février. Il était d’usage encore que, Madrid se trouvant sur laroule, la cour s’y arrêtât quelques jours pour recevoir les hommagesde la capitale. S’attendant cette année à ne recueillir que des témoi-gnages d’aversion, la cour passa aux portes de Madrid sans s’y arrêter,et alla cacher dans Aranjuez sa’honte, son chagrin et son effroi.
Elle n’avait plus, en effet, un seul appui à espérer nulle part. Lepeuple espagnol laissait éclater pour elle une haine implacable, et àpeine faisait-il une différence en faveur du roi, en le méprisant au lieude le haïr. Quant au terrible Empereur des Français , que celte couravait alternativement flatté ou trahi, dont elle espérait, depuis léna,avoir reconquis la faveur par une année de bassesses, il se couvraittout à coup de voiles impénétrables, et gardait sur ses projets un si-lence effrayant. Les armées françaises, dirigées d’abord sur le Portugal ,exécutaient maintenant un mouvement sur Madrid , sous prétexte de