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LIViiE XXIX.

Tt'l

s’acheminer vers Cadix ou Gibraltar . Mais il était inouï qu’on envahit,de la sorte, et sans plus d'explications, le territoire d'une grande puis-sance. La réponse que Napoléon avait faite à la demande de mariagene pouvait pas être prise pour sérieuse ; car il voulait savoir, disait-il,avant de donner une princesse française à Ferdinand, si ce prince étaitrentré dans les bonnes grâces de ses parents, et il le demandait àCharles IV , qui lui avait annoncé formellement l’arrestation du princedes Asturies et la grâce qui s’en était suivie. Le refus de publier letraité de Fontainebleau , qui contenait la concession d’une souverai-neté pour Emmanuel Godoy, et la garantie formelle des Etals appar-tenant à la maison d’Espagne , ne pouvait, avoir qu’une significationsinistre. Par tous ces motifs, la tristesse régnait à Aranjucz dans l’in-térieur royal, et au Buen-Retiro, chez la comtesse de Caslellicl, favo-rite du favori. Ici et là on commençait à ouvrir les yeux, et à recon-naître qu’à force de bassesses on avait inspiré à Napoléon l'audace derenverser une dynastie avilie, méprisée de tous les Espagnols . Chaquejour l’idée d’imiter la maison de Bragance et de fuir eu Amérique revenait plus souvent à l’esprit des meneurs de la cour, et devenaitl’occasion de bruits plus fréquents. Emmanuel Godoy et la reine s’é-taient presque définitivement arrêtés à cette résolution, et ils faisaientsecrètement leurs préparatifs, car les envois d’objets précieux vers lesports étaient encore plus nombreux et plus signalés que de coutume ;mais il fallait décider le roi d’abord, dont la faiblesse craignait les fa-tigues d’un déplacement presque autant que les horreurs d’une guerre;il fallait décider aussi les princes du sang, don Antonio, frère deCharles IV ; Ferdinand, son fils et son héritier, ainsi que les plusjeunes infants : il suffisait qu’une indiscrétion fût commise pour sou-lever la nation contre un tel projet. Le prince de la Paix, afin de cou-vrir les préparatifs qui s’apercevaient du coté du Ferrol et du côté deCadix , répandait le bruit qu’il allait lui-même, en sa qualité de grandamiral,faire l'inspection des ports, et qu'il devait débuter par ceux duMidi.

Mais avant d’en arriver à cette fuite, qui, même pour Godoy et lareine, n’était qu’un parti extrême, il convenait d’essayer de tous lesmoyens pour arracher à Napoléon le secret de ses intentions, et fléchir,s’il se pouvait, sa redoutable volonté. Il n’élailrien en effet qu’on nedut tenter avant de se décider soi-même à quitter l’Espagne , et avantd’y contraindre Charles IV . En conséquence, pour répliquer à la der-