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ARANJÜEZ .

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M. de Caulaincourt, que je lui suis dévoué pour la vie, que mon em-pire, mes armées, tout est à sa disposition. Quand je lui demanded’accorder quelque chose qui satisfasse l’orgueil de la nation russe, cen’est pas par ambition que je parle, c’est pour lui donner cette nationtout entière, et aussi dévouée à ses grands projets que je le suis moi-même. Votre maître, ajoutait-il, veut intéresser l’Autriche au démem-brement de l’empire turc : il a raison. C’est une sage pensée , je m’yassocie volontiers. Il veut une expédition dans l'Inde , j'y consens éga-lement. Je lui en ai déjà fait connaître les difficultés dans nos longsentretiens à Tilsit. Il est habitué de no compter les obstacles pourrien ; cependant le climat, les distances en présentent ici qui dépassenttout ce qu’il peut imaginer. Mais qu’il soit tranquille, les préparatifsde ma part seront proportionnés aux difficultés. Maintenant il fautnous entendre sur la distribution des territoires que nous allons arra-cher à la barbarie turque. Traitez ce sujet à fond avec M. de Roman-zoff. Néanmoins, il ne faut pas nous le dissimuler, tout cela ne pourrase traiter utilement, déhuilivement, que dans un tète-à-tête entre moiet Napoléon. Il faut commencer par examiner le sujet sous toutes sesfaces. Dès que nos idées auront acquis un commencement de maturité,je quitterai Saint-Pétersbourg , et j’irai à la rencontre de votre Empe-reur aussi loin qu’il le voudra. Je désirerais bien aller jusqu’à Paris ,mais je ne le puis pas; et d’ailleurs c’est un rendez-vous d'affaires qu’ilnous faut, et non un rendez-vous d’éclat et de plaisir. Nous pourrionschoisir Weimar où nous serions au sein de ma propre famille. Cepen-dant là encore nous serions importunés de mille soins. A Erfurt nousserions plus isolés et plus libres. Proposez ce lieu à votre souverain, et,sa réponse arrivée, je partirai à l’instant même , je voyagerai commeun courrier. > En disant ces choses et mille autres inutiles à rappor-ter, l’empereur plein d’une joie dont il n’était pas maître, reconnut queM. de Caulaincourt avait raison quelque temps auparavant en cher-chant à le rassurer sur les intentions de Napoléon , et en imputant ledésaccord momentané dont il se plaignait à de purs malentendus. Ilrépéta de nouveau qu’il voyait bien que c’était M. de Tolstoy qui avaitété cause de ces malentendus, que cet ambassadeur était gauche, em-porté, peut-être même indocile à la nouvelle politique du cabinet russe;qu'il voulait le changer, en envoyer un autre qui serait tout à fait dugoût de Napoléon, mais qu’il ne savait où le prendre; que partout ilrencontrait des esprits récalcitrants ; qu’il finirait bien cependant par