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LIVRE XXIX.
sion qu’on était oblige de faire pour s’assurer l’alliance russe . Le lan-gage quotidien de l’empereur Alexandre et de M. de Romanzoff nelaissait aucun doute sur leur acquiescement à ces conditions. Il fallaitdonc s’y tenir, payer l’alliance russe, puisqu’on s’en était fait un be-soin, mais ne pas pousser plus loin le démembrement de la vieilleEurope, ne pas contribuer davantage à la croissance du jeune colossesorti des glaces du pôle, et grandissant depuis un siècle de manière àépouvanter le monde.
Cependant Napoléon, soit qu’il voulût occuper l’imaginationd'Alexandre, soit que, réduit à la nécessité d’un sacrifice, il cherchâtà l’envelopper dans un immense remaniement, soit enfin qu’il son-geât à tirer des circonstances, outre le renversement de la dynastiedes Bourbons, l’acquisition entière des rivages de la Méditerranée,Napoléon ne crut pas devoir s’en tenir au simple abandon de la Mol-davie et de la Valachie , qui aurait tout arrangé, et consentit à laissersoulever la question immense du partage complet de l’empire otto-man. Dans le moment les Turcs excités secrètement par l’Autriche ,publiquement par l’Angleterre, l’une et l’autre leur disant que laFrance allait les sacrifier à l’ambition russe, les Turcs se condui-saient de la manière la plus odieuse envers les Français , faisaienttomber la tète de leurs partisans, n’osant faire tomber celle de leursnationaux, se comportaient en un mot en barbares furieux, ivresde sang et de pillage. Napoléon, exaspéré contre eux, se décidaenfin à écrire à l’empereur Alexandre une lettre dans laquelle il annon-çait l’intention d’aborder la question de l’empire d’Orient , de la traitersous toutes ses faces, de la résoudre définitivement; dans laquelle ilexprimait aussi le désir d’admettre l’Autriche au partage, et posait pourcondition essentielle de ce partage, quel qu’il fût, partiel ou total,plus avantageux pour ceux-ci ou pour ceux-là, une expédition gigan-tesque dans l’Inde, à travers le continent d’Asie , exécutée par unearmée française, autrichienne et russe. C’est M. de Caulaincourt quiremit à l’empereur Alexandre la lettre de Napoléon. Leczar était avertidéjà par une dépêche de M. de Tolstoy du changement favorable sur-venu à Paris, et il accueillit l’ambassadeur de France avec des trans-ports de joie. Il voulut lire sur-le-champ, et devant lui, la lettre deNapoléon. 11 la lut avec une émotion qu’il ne pouvait pas contenir.« Ab ! le grand homme ! s’écriait-il à chaque instant, le grand homme!Le voilà revenu aux idées de Tilsit ! Dites lui, répéta-t-il souvent à